Late Bush : Hoarses
Au-delà du calembour réside un projet savamment conçu, une démarche très particulière, celle de Pierre Dozin qui se cache sous cet alias facétieux. L’idée est de rassembler, d’assembler des voix clonées par l’intelligence artificielle, qu’elles soient d’origine humaine ou spectrales, et de leur donner corps ou, en quelque sorte, de leur donner voix. Elle s’appuie sur un postulat selon lequel toute interprétation n’est jamais qu’une reconstruction de l’inconnu. A l’écoute d’un disque de Bach ou de Haendel, nous nous sommes tous demandé, au moins une fois, si ce qu’il nous était donné à entendre correspondait bien à la façon dont l’œuvre originelle sonnait. De ces périodes anciennes, seules subsistent des partitions, des annotations mais aucun enregistrement. Ce qui est joué aujourd’hui en est toujours, par le biais de l’interprétation ou de la projection, l’anamorphose. Ces voix qui figurent sur « Hoarses » ne sont pas spécialement rauques. Elles sont déformées, reformées, figurées, défigurées. Elles dialoguent, malgré elles, avec des cordes, celles en l’occurrence magnifiquement hissées, tissées par Echo Collective (violons, alto, violoncelle, contrebasse et même, parfois, une harpe). Cet alliage est d’ailleurs, en soi, un assemblage baroque ou plutôt post-baroque. Dozin le développe, le soutient, le fortifie avec une belle électronique, à la fois fine et exubérante, qu’achève un travail de mixage ciselé, minutieux. Sa manière de travailler évoque celle d’un joaillier. Un art qui tiendrait à la fois de l’alchimie sonore et d’un yoga pour l’oreille.
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Late Bush présentera « Hoarses » en live au Botanique, Bruxelles, ce 3 avril.
