Laurent Doumont : Meanwhile

Laurent Doumont : Meanwhile

Soul Embassy

Pendant que le monde s’écroule et perd la boule, que l’on se tape dessus de tous les côtés et que l’on perd tout sens de la nuance et du dialogue, Laurent Doumont ose entrouvrir une porte vers la résilience et laisser le jazz et la soul créer un espace de respiration, aussi sensible que groovy.

Et c’est salutaire.

Le saxophoniste a profité du confinement de 2020 pour se poser, réfléchir et, bien entendu, composer. Après « L’Americano », dans lequel il reprenait « à sa sauce » des chansons populaires italiennes (sorti juste avant cette période de latence imposée et défendue juste après), le voici de retour avec un album totalement instrumental et acoustique. Autour de lui, on retrouve une rythmique de rêve (Lionel Beuvens (dm), Cédric Raymond (cb) et Lorenzo Di Maio (eg)) à laquelle il convie le trompettiste Olivier Bodson et l’organiste Maxime Moyaert à venir colorer sa musique d’une patine vintage. Dès l’entame, le ton est donné. On respire, on souffle, on se détend, on esquisse un sourire béat. L’espoir renaît. Un peu comme si le swing et le groove nous ramenaient à la raison, aux fondamentaux.

La musique coule avec fluidité sans pour autant dériver dans la simplicité. Il y a plein de nuances, de dialogues sous-jacents, de tempos un tantinet rubato, de légères polyrythmies. On y devine un peu de Coltrane par-ci, un peu de Cannonball par-là. Lorenzo Di Maio, sans avoir l’air d’y toucher, illumine chacun des morceaux d’un jeu « blues » (et parfois rock – « Pep Talk ») à la façon d’un Burrell ou Green (« Papadum Gumbo », entre autres). Olivier Bodson, trompette ou bugle au son clair, chaud et précis, trouve également une place de choix (« Wake up Call » ou le plus mélancolique « Carpe Noctem »). Raymond et Beuvens s’illustrent avec autant d’à-propos que de discrétion. Laurent Doumont se souvient aussi de quelques amis disparus (Bart Zegers, Alain Palizeul) et rend hommage à quelques femmes aux combats exemplaires (Lili Garel, Naama Levy). « Meanwhile » se laisse écouter en boucle… et fait du bien. Parce que le monde ne tourne pas trop rond et qu’il est temps de revenir à un peu plus de raison.

Jacques Prouvost