
Le dossier Intervalles du mois ‐ août : Kate Bush #2
En partenariat avec la radio Equinoxe FM (105.0 à Liège et streaming), JazzMania vous proposera tous les mois un dossier musical spécifique. Chaque mois, un thème, toujours sous le signe de la (re)découverte, en mots et en sons.
Nous poursuivons pas à pas l’aventure Kate Bush avec ce deuxième épisode qui aborde les années quatre-vingts. Avec deux albums essentiels, une amitié enrichissante avec Peter Gabriel et quelques sources d’inspiration…
1. Kate Bush : Egypt (« Never for Ever ») ‐ EMI
On poursuit notre feuilleton sons & mots consacré à cette immense artiste qu’est Kate Bush. Le mois dernier souvenez-vous, nous avions abordé la première partie de sa carrière. Des années de jeunesse durant lesquelles Kate Bush s’émancipe peu à peu et devient autonome, au point de refuser dorénavant ‐ et pour une longue période ‐ d’effectuer toute prestation scénique. Cette première partie de la carrière de Kate Bush comprend deux tubes mondiaux (« Wuthering Heights » et « Babooshka ») répartis sur trois albums, le dernier étant « Never for Ever » paru en 1980 sur lequel se trouve ce « peter gabrielien » « Egypt ».
2. Kate Bush : Sat in Your Lap (« The Dreaming ») ‐ EMI
Plus d’un an avant la sortie de son quatrième album « The Dreaming », un single arrive sur les ondes : « Sat in Your Lap ». C’est un virage dans la carrière de Kate Bush. Le single n’obtiendra pas un gros succès populaire ‐ c’était attendu ‐ mais il préfigure ce que les fans trouveront sur le prochain album : une musique plus élaborée, tribale. Kate Bush fait appel ici à l’ingénieur du son Hugh Padgham, qui travaillait à l’époque avec Phil Collins et bien entendu avec Peter Gabriel. C’est à lui que l’on doit ce son de batterie sans cymbales.
3. Peter Gabriel : Intruder (« Peter Gabriel 3 ») ‐ Charisma
Peter Gabriel dont le troisième album, paru un an plus tôt, a manifestement influencé Kate Bush. Elle dira à son sujet : « Peter Gabriel est la seule personne que j’ai rencontrée, qui a le même genre d’approche musicale que moi. »
4. Kate Bush : Pull Out the Pin (« The Dreaming ») ‐ EMI
Le processus d’enregistrement de « The Dreaming », le premier album que Kate Bush produit elle-même, prendra beaucoup de temps. Un an exactement. Elle fait appel aux musiciens les plus qualifiés pour obtenir le résultat escompté. Par exemple, Danny Thompson et Eberhard Weber à la contrebasse, le guitariste de hard-rock Jimmy Bain et même David Gilmour, aux chœurs dans ce titre, « Pull Out the Pin », une chanson inspirée d’un documentaire sur la guerre du Vietnam.
5. Brian Eno & David Byrne : Regiment (« My Life in the Bush of Ghosts ») ‐ Virgin
Ce quatrième album de Kate Bush est un véritable échec commercial ; les ventes se situent très loin de celles qu’ont connues les trois premiers albums, notamment « The Kick Inside » qui restera à jamais son plus gros succès. Et en vérité, Kate Bush ne s’en inquiète pas du tout. C’est un album exigeant qu’elle assume complètement, souhaitant donner plus de valeur à l’aspect artistique de sa carrière qu’à son aspect commercial. Dernière chose au sujet de « The Dreaming » : Kate Bush dit avoir été fortement marquée lors de son enregistrement par les travaux de sampling entrepris par le duo Brian Eno / David Byrne sur l’album « My Life in the Bush of Ghosts ».
6. Kate Bush : Running up that Hill (« Hounds of Love ») ‐ EMI
Kate Bush déteste tenir le rôle d’une personnalité publique. Elle assure les séances promo mais ça l’épuise, voire ça la déprime. Après la période de promotion qui a suivi la sortie de l’album « The Dreaming », elle prend un congé sabbatique sur les conseils de son père, rappelons-le médecin de son état. Il y aura dès lors cette fois trois ans d’écart entre « Hounds of Love », le cinquième album de Kate Bush et son prédécesseur. Une période qu’elle met en partie à profit pour se reposer et pour déménager dans la campagne du Kent, dans un manoir où elle fait installer ‐ comme son ami Peter Gabriel ‐ un studio susceptible d’accueillir l’ensemble de ses travaux, au rythme qui lui convient. La gestation du nouvel album est très longue (près de vingt mois en tout) et hasard des choses, deux jours après la parution d’un article que le New Musical Express lui consacre dans la rubrique « Que sont-ils devenus ? », un nouveau single de Kate Bush débarque sur les ondes et à la TV.
7. Kate Bush : Cloudbusting (« Hounds of Love ») ‐ EMI
« Running up that Hill » (sous-titré par son titre original refusé par EMI « A Deal With God ») cartonne dans les charts, plus encore que « Babooshka » ! Y compris aux States où les disques de Kate Bush étaient peu distribués jusqu’alors. Ce single précède d’un mois la parution du très attendu « Hounds of Love » qui sort en septembre 1985. Un album que la chanteuse a souhaité scinder en deux parties. Une face A (nous rentrons à peine dans l’ère du compact disc) « Hounds of Love » qui comprend les titres les plus lumineux (la plupart finiront en singles) et une face B plus éclectique, plus aventureuse. Cette face A se clôture avec un autre titre bien connu des amateurs de hit-parades, « Cloudbusting » inspiré par le livre « Rêves éclatés » écrit par Peter Reich en hommage à son père, le psychiatre Wilhelm Reich l’inventeur du cloudbuster, une machine susceptible de briser les nuages pour provoquer la pluie.
8. Kate Bush : Hello Earth (« Hounds of Love ») ‐ EMI
La face B est une suite d’une vingtaine de minutes intitulée « Ninth Wave », écrite un peu à la façon des albums conceptuels des années septante. Un titre s’en dégage clairement : « Hello Earth » qui comprend un message radio envoyé depuis une station spatiale, suivi d’une magnifique mélodie entrecoupée de cœurs masculins.
9. Popol Vuh : Brüder des Schattens (« Nosferatu – BO ») ‐ Cherry Red
Ces cœurs masculins proviennent d’une source d’inspiration. « Nosferatu », le fameux film remake de vampires réalisé en 1979 par Werner Herzog. On ne quitte décidément pas le concept gothique & sexe (souvenez-vous des débuts…). Les musiques qui accompagnent les films de Herzog sont habituellement signées par un groupe allemand associé à la vague krautrock : Popol Vuh. Voici l’extrait qui a inspiré Kate Bush.
10. Kate Bush : Watching You Without Me (« Hounds of Love ») ‐ EMI
« Hounds of Love » est un album de plénitude. Dans une interview accordée en 1992, avant l’enregistrement de « The Red Shoes », Kate Bush déclarera qu’il s’agissait de son œuvre la plus accomplie, le disque qui l’a rendue la plus heureuse. Il faut dire que cet album lui a donné quatre tubes (ou presque) et qu’il lui a permis aussi de toucher le territoire américain. Que demander de plus ?
11. Peter Gabriel & Kate Bush : Don’t Give up (« So ») ‐ Charisma
Le succès ne s’arrête pas là. En 1986, année de promotion de l’album « Hounds of Love », on retrouve Kate Bush partout. Y compris, selon les journaux britanniques à sensation et en recherche de fantasme, dans le lit de Peter Gabriel. Rumeur jamais justifiée selon les dires de Gabriel lui-même. Plus sérieusement, c’est en 1986 également que sort le tube planétaire du duo, « Don’t Give up », « N’abandonne pas ! », une chanson pour laquelle Peter Gabriel a reçu énormément de courrier de personnes désespérées qui, grâce à lui, ont renoncé à se suicider.
C’est avec cette chanson d’espoir que nous achevons le deuxième volet de notre feuilleton Kate Bush. La suite, ce sera pour le mois de septembre.
Intervalles sur Equinoxe FM
Chaque mardi à 22 heures (rediffusion le jeudi, 22 heures)