Le dossier Intervalles du mois ‐ mars : Les chanteuses norvégiennes

Le dossier Intervalles du mois ‐ mars : Les chanteuses norvégiennes

En partenariat avec la radio Equinoxe FM (105.0 à Liège et streaming), JazzMania vous proposera tous les mois un dossier musical spécifique. Chaque mois, un thème, toujours sous le signe de la (re)découverte, en mots et en sons.

Le jazz norvégien est un genre en soi. Unique, créatif, aérien ou « nu », chaque qualificatif lui convient. Plus spécifiquement encore, il y a les chanteuses norvégiennes, pas toujours jazz mais avec une touche bien à elles qui ne trompe pas… En voici douze réunies sur une heure d’écoute.

Intervalles #323 ‐ l’émission du 18 février 2025 (chanteuses norvégiennes)

1. Agnes Buen Garnas & Jan Garbarek‐ Maalfri mi fruve (« Rosenfole ») ‐ ECM

On démarrait cette « spéciale 100% chanteuses norvégiennes » par celle qui peut-être bien tracé la voie pour toutes celles qui suivront dans l’émission, Agnes Buen Garnas. Agnes Buen Garnas a commencé sa carrière discographique au milieu des années septante. Elle affectionnait particulièrement les chants a cappella et on la retrouvait ici avec un album publié en 1989. A ses côtés, le parrain du jazz moderne norvégien, Jan Garbarek. Cet album « Rosenfole » rassemble une série de chansons traditionnelles norvégiennes, comme ce « Maalfri mi fruve » que nous venons d’écouter. Signalons enfin que Agnes Buen Garnas nous a quittés il y a quelques mois, à l’âge de septante-huit ans.

2. Anja Garbarek : Stay Tuned (« Smiling & Waving ») ‐ Virgin

Garbarek toujours, mais cette fois sa fille unique, Anja qui, vous l’avez entendu, s’éloigne clairement de l’univers jazz de son père, lui préférant une pop electro rêveuse relativement proche finalement de celui d’une autre nordiste, islandaise celle-là, Björk.

3. Sidsel Endresen : Angel (« Undertow ») ‐ Jazzland

Le jazz norvégien est l’un des plus réputés du monde. C’est là-bas que l’on a inventé le nu-jazz qui fusionne les improvisations du jazz et les rythmes electro. Les parrains de l’electro-jazz sont le claviériste Bugge Wesseltoft et le trompettiste Nils Petter Molvaer, deux musiciens que l’on va retrouver ici aux côtés d’une autre figure emblématique du nu-jazz, la chanteuse Sidsel Endresen.

4. Kirsten Braten Berg : Drommehesten (« Syng du mi royst ») ‐ Grappa

Les labels de jazz en Norvège sont nombreux. C’est un pays riche, notamment grâce aux gisements de pétrole que l’on trouve en mer du Nord, ce qui a permis à de nombreuses structures culturelles d’obtenir des aides. C’est le cas du label Jazzland pour qui Sidsel Endresen enregistre, c’est le cas aussi pour le label Grappa qui réunit un grand nombre de musiciens norvégiens parmi lesquels une autre pionnière influencée par le chant traditionnel norvégien, Kirsten Braten Berg qui collabore régulièrement avec le contrebassiste de jazz Arild Andersen.

5. Ane Brun : To Let Myself Go (« A Tempory Dive ») ‐ Balloon Ranger

La chanteuse folk Ane Brun était promise à une belle carrière internationale. Elle a obtenu plusieurs disques d’or en Norvège et a notamment effectué une tournée mondiale avec Peter Gabriel. Malheureusement, cette carrière est régulièrement stoppée à cause d’une maladie chronique et grave dont elle souffre, le lupus, qui l’oblige à suivre un traitement lourd et à se faire régulièrement hospitaliser. Ane Brun : « To Let Myself Go ».

6. Inger Nordvik : Waiting (« Hibernation ») ‐ Asta Records

La chanteuse suivante est encore fort jeune, elle fait partie de la nouvelle génération de la musique folk norvégienne. Inger Nordvik est parfois comparée à Joni Mitchell. Voici un extrait de son deuxième album « Hibernation ».

7. Building Instrument : Klokka Sju (« Building Instrument ») ‐ Hubro

Un autre label est fort actif en Norvège : Hubro, dont on reconnaît les productions grâce au petit hibou qui se trouve encerclé dans un coin de la pochette. Ce label signe généralement des musiciens qui fusionnent les improvisations jazz et la musique traditionnelle norvégienne qui se jouait sur des instruments spécifiques, comme la cithare, par exemple. La cithare, l’instrument que joue la chanteuse Mari Kvien Brunvoll (la sœur de Ane Brun que nous avons écoutée tout à l’heure), que l’on retrouve ici au sein du trio Building Instrument.

8. Picidae : Crystal Rosa (« A Stray Labyrinth ») ‐ NyeNor

Du trio, on passe au duo. Eirik Dorsdal à la trompette et aux claviers, Sigrun Tara Overland au chant et à divers instruments, comme le dulcimer. Ensemble ils forment Picidae (épelez « Pitchidae »), le pic vert. Un groupe que nous avons découvert il y a un peu plus d’un an et depuis, nous attendons fébrilement de leurs nouvelles tant leur dernier album « A Stray Labyrinth » nous avait impressionnés… Avec eux, tout semble couler de source…

9. Mari Boine Persen : Gula Gula (« Gula Gula ») ‐ Real World

Nous l’écrivions en introduction de ce dossier : Agnes Buen Garnas est sans doute la chanteuse qui se trouve à la genèse du chant féminin norvégien. Cependant, sa popularité internationale (même si c’est relatif), la musique norvégienne la doit en partie à Mari Boine, découverte à la fin des années quatre-vingt par Peter Gabriel qui récupère les bandes d’un album sorti confidentiellement en Norvège, un album qui devient la référence RW 13 pour le label de musiques du monde Real World. Mari Boine : « Gula Gula ».

10. Jenny Hval : Year of Love (« Classic Objects ») ‐ 4AD

Toujours bien dans la tradition du chant norvégien, aérien, rêveur, voici pour suivre Jenny Hval. Une petite dizaine d’albums à son actif, dont « Classic Objects » paru il y a trois ans sur le label arty anglais 4AD.

11. Sinikka Langeland : It Walks and Walks (« Wind and Sun ») ‐ ECM

Manfred Eicher, le patron du label bavarois ECM a été un des premiers à tomber sous le charme de la musique de jazz norvégienne… On ne les compte plus, les musiciens norvégiens qui figurent au catalogue de son label, à commencer aux débuts par Jan Garbarek et le guitariste Terje Rypdal… D’autres ont suivi fidèlement. C’est le cas de la chanteuse et joueuse de kantele (un instrument traditionnel à cordes pincées) Sinikka Langeland. Le hasard a fait que, le jour de notre rencontre pour une interview, le poète norvégien Jon Fosse à qui elle venait d’emprunter la plupart des textes de son dernier album « Wind and Sun », Jon Fosse donc obtenait ce jour-là le prix Nobel de littérature !

12. Trygve Seim (featuring Tora Augestad) : There Is Some Kiss We Want (« Rumi Songs ») ‐ ECM

Une heure en compagnie de chanteuses norvégiennes, ça passe très vite, trop vite. La dernière que j’aimerais vous faire découvrir appartient en principe au genre classique. Il s’agit de la chef d’orchestre et chanteuse mezzo-soprano Tora Augestad qui, en quelque sorte, a commandité auprès du saxophoniste Tryge Seim la création de dix chansons composées autour des poèmes soufis écrits au 13ème siècle par Jelaluddin Rumi. Trygve Seim, Tora Augestad : Rumi Songs. Une chanson qui clôture ce « spécial chanteuses norvégiennes ».

Intervalles sur Equinoxe FM
Chaque mardi à 22 heures (rediffusion le jeudi, 22 heures)

Yves Tassin