Le dossier Intervalles du mois ‐ octobre : Démystifier le jazz… #1 Les rockers franchissent la ligne bleue

Le dossier Intervalles du mois ‐ octobre : Démystifier le jazz… #1 Les rockers franchissent la ligne bleue

En partenariat avec la radio Equinoxe FM (105.0 à Liège et streaming), JazzMania vous proposera tous les mois un dossier musical spécifique. Chaque mois, un thème, toujours sous le signe de la (re)découverte, en mots et en sons.

Nous entamons ici un nouveau feuilleton qui comprendra quatre épisodes mensuels ayant pour objectif de démystifier le jazz, le rendre accessible pour ceux qui pensent (pas forcément à tort) que le jazz est une musique codée qui ne les concerne pas. Le premier épisode de cette saga sera consacré aux musiciens classés dans la sphère « rock » mais qui ont néanmoins franchi la ligne bleue… Celle du jazz.

Intervalles #349 ‐ L’émission du 23 septembre 2025 : Démystifier le jazz… #1

1. Lou Reed : Walk on the Wides Side (« Transformer ») ‐ RCA

1972, Lou Reed obtient un succès planétaire avec « Walk on the Wild  Side », une chanson jazzy qui aborde des thèmes liés au sexe et à la drogue, sur une ligne de contrebasse signée Herbie Flowers (décédé il y a environ un an) et clôturée par un solo de saxophone que l’on doit à un autre musicien de jazz, Ronnie Ross.

2. David Bowie : Lazarus (« Blackstar ») ‐ Parlophone

C’est David Bowie qui avait produit l’album « Transformer » de Lou Reed sur lequel on trouvait le fameux « Walk on the Wild Side ». David Bowie qui nous quittera deux jours après la sortie, en 2016, d’un album testament, « Blackstar », dont il avait confié les arrangements musicaux à un saxophoniste de jazz, le New-Yorkais Donny McCasling.

3. Van Morrison : Beside You (« Astral Weeks ») ‐ Warner Bros

Au mois de novembre de l’année 68, Van Morrison ‐ Qui a quitté à l’époque son groupe de rock Them ‐ publie son deuxième album solo, « Astral Weeks », considéré aujourd’hui comme étant un des albums incontournables de la musique pop/rock. Pour enregistrer cet album, « Van the Man » fait appel à des musiciens de jazz : le batteur Connie Kay (membre du Modern Jazz Quartet), le contrebassiste Richard Davis (qui se trouvait dans le groupe d’Eric Dolphy), le guitariste de Charles Mingus, Jay Berliner, sans compter Warren Smith qui a travaillé pour Count Basie.

4. Jeff Beck : Cause We’ve Ended as Lovers (« Blow by Blow ») ‐ Epic

Il existait un musicien qui mettait un peu tout le monde d’accord, amateurs de jazz et amateurs de rock, voire de hard-rock. Ce musicien, c’était le guitariste fantasque Jeff Beck qui a mené sa carrière sur base de fusions entre le jazz et le rock notamment. En 1974, il dissout son trio Beck, Bogert & Appice et se lance dans une carrière solo (la mention « Group » ne figure d’ailleurs plus sur les pochettes). « Blow by Blow » sort en mars 1975. Extrait de cet album, une composition de Stevie Wonder, la très belle ballade « Cause We’ve Ended as Lovers ».

5. Joni Mitchell : Goodbye Pork Pie Hat (« Mingus ») ‐ Asylum

Joni Mitchell ne nous emmène pas sur la voie du jazz en prenant des chemins détournés. Elle est clairement associée à la vague folk-rock américaine (même si, comme Neil Young, elle provient du Canada), ses disques se vendent bien, ce qui ne l’empêche pas, à la fin des années septante, de franchir elle aussi cette fameuse ligne bleue du jazz. Son album paru en 1979 est tout simplement titré « Mingus ». Elle y rend hommage au contrebassiste Charles Mingus, décédé six mois plus tôt. Quant aux musiciens qui l’accompagnent, je vous en cite les noms : Herbie Hancock, Wayne Shorter, Jaco Pastorius et Peter Erskine du Weather Report. La crème de la crème !

Notez encore que les bandes originales issues d’une première session comprenaient également parmi les musiciens John McLaughlin, Jan Hammer, Stanley Clarke, Tony Williams, etc. Ces bandes auraient été détruites ! Ce qui n’empêche pas une version pirate de circuler parmi les fans de la chanteuse.

6. Big Brother & the Holding Company : Summertime (« Cheap Thrills ») ‐ CBS

On poursuit avec l’une des plus grandes chanteuses de tous les temps ! L’immense Janis Joplin. On remonte à son époque Big Brother & The Holding Company, le groupe dont elle fut la chanteuse, mais pas vraiment le leader. Un groupe qui publie son deuxième album « Cheap Thrills » à la fin des années soixante. Depuis toujours, Janis Joplin voue une admiration sans bornes pour la chanteuse de blues Bessie Smith. Mais c’est cependant grâce à une reprise d’un standard de George Gershwin que « Pearl » accédera au statut de star.

7. Pink Floyd : Careful With that Axe Eugène (« Live at Pompeii ») ‐ Sony

Alors, me direz-vous, comment faire pour passer sans trop d’encombre de l’un (le rock) à l’autre (le jazz) puis d’effectuer les aller-retours ? Je vous dirai de façon pragmatique que ça dépend d’une personne à l’autre. En ce qui me concerne, le rock psychédélique (avec peu de paroles) m’a servi de porte d’entrée. En particulier la musique de Pink Floyd. Ce que nous allons entendre, « Careful With that Axe Eugène » symbolise le passage de la musique rock vers les improvisations du jazz. En voici la version que l’on retrouve sur la nouvelle édition en CD et en vinyle du concert « Live at Pompeii » qui date de 1973.

8. The Doors : Riders on the Storm (« L.A. Woman ») ‐ Elektra

Si ce « Careful with that Axe Eugène » vous semble trop ardu pour vous diriger vers le jazz, sachez que j’ai programmé un autre titre qui devrait vous simplifier le parcours. En 1971, un autre groupe légendaire joue lui aussi sur les frontières qui séparent le rock et le jazz : les Doors. « Riders on the Storm » qui s’inspire, à la base, d’une chanson country traditionnelle comprend quelques effets clairement associés au jazz. Comme par exemple les breaks de la batterie de John Densmore et, bien entendu, les solos au Fender Rhodes de Ray Manzarek.

9. John Martyn : Solid Air (« Solid Air ») ‐ Island

En tête de ce programme, nous écoutions un chanteur de rock, Lou Reed, avec un titre très jazzy. Il en sera de même, mais cette fois avec un chanteur folk d’origine écossaise qui, en 1973, publie un magnifique album, « Solid Air », qui comprend cette chanson éponyme mettant en avant ‐ outre la magnifique voix de Martyn ‐ la contrebasse de Danny Thompson (décédé il y a quelques semaines) et le vibraphone de Tristan Fry. Pour rappel, nous avions abordé le sujet lors des émissions spéciales qui lui étaient consacrées : « Solid Air » est un hommage au chanteur britannique Nick Drake, mort à l’âge de 26 ans.

10. Jimi Hendrix : Third Stone From the Sun (« Are You Experienced ? ») ‐ Polydor

On achève cette première émission qui démystifie le jazz avec un Martien. Mais oui ! En mai de l’année 1967, Jimi Hendrix sort son premier album, « Are You Experienced ? » qui, comme annoncé, expérimente les alternatives à la musique pop en vogue à l’époque (notamment à cause des Beatles). Ses « expériences » s’inspirent du jazz, du free-jazz en particulier, comme sur ce titre « Third Stone From the Sun. »

Le mois prochain, nous effectuerons le chemin inverse : celui qui se trace entre le jazz et le rock.

Intervalles sur Equinoxe FM
Chaque mardi à 22 heures (rediffusion le jeudi, 22 heures)

Yves Tassin