Le dossier Intervalles du mois – février : Démystifier le jazz… 4) Quelques musiciens de jazz que les amateurs de rock doivent découvrir
En partenariat avec radio Équinoxe FM (105.0 à Liège et en streaming), JazzMania vous proposera tous les mois un dossier musical spécifique. Chaque mois, un thème, toujours choisi sous le signe de la (re)découverte, en mots et en sons.
Comment démystifier le jazz ? Comment faire en sorte que certains d’entre vous abordent ce genre musical sans ressentir cette fâcheuse impression d’en être exclu ? C’est la mission que l’on se donne dans un feuilleton de cinq épisodes. Jazz et rock, puis inversement. C’est pas chou vert et vert chou, mais il y a des accointances, forcément. Pour ce quatrième épisode (et pour le suivant aussi), on propose aux amateurs de rock d’écouter un peu de jazz.
1) Gare du Nord : Tom’s Song – Tarantino Mix (« Rendez-vous 8:02 ») – Holy Spring
Après une interruption en janvier pour cause de best of de l’année 2025, nous poursuivons la suite de notre feuilleton ayant pour objectif de démystifier le jazz. Trois épisodes ont déjà été publiés, épisodes que vous retrouverez en mots et en sons sur notre site, sous l’onglet Antholo-jazz. Nous achevions en décembre notre chapitre « quels sont les groupes de rock que les amateurs de jazz se doivent d’écouter au moins une fois » et, vous l’aurez compris, nous entamons à présent le chemin inverse : « quels sont les groupes / musiciens de jazz susceptibles d’intéresser les amateurs de rock ».
Nous démarrons avec un duo qui a rendu les armes il y a une petite dizaine d’années, un duo belgo-néerlandais qui répondait au nom de Gare du Nord. Une poignée d’albums sont disponibles, tous riches en invités. Comme Erik Truffaz au solo de trompette sur le titre que nous venons d’entendre, tout cela sous la signature « Tarantino Mix ». En effet, Quentin Tarantino avait utilisé la musique de Gare du Nord pour les besoins de la bande sonore de « Django Unchained ».
2) Erik Truffaz : L’un dans l’autre (« Arkangelsk ») – Foufino
Le trompettiste Erik Truffaz en entrée de jeu avec Gare du Nord. Erik Truffaz encore, à son propre compte cette fois, avec l’album « Arkhangelsk » paru en 2007, à un moment où sa carrière prend une direction nettement plus pop / rock. Vous aurez reconnu le regretté Christophe aux voix.
3) Steve Tibbetts : Climbing (« Safe Journey ») – ECM
A septante-et-un ans, le guitariste américain (il provient du Minnesota) Steve Tibbetts enregistre encore régulièrement des albums de jazz décalés, fusionnels même. Tous publiés par le label allemand ECM dont il est un grand fan depuis toujours. Pour la petite anecdote, j’avais eu le plaisir de l’interviewer pour JazzMania il y a quelques années. Ça se passait en vidéo depuis son bureau qui lui sert également de studio d’enregistrement et il avait fait pivoter sa caméra tout autour de lui pour me montrer sa belle collection de disques ECM, avec des pièces plutôt rares. Steve Tibbetts, des sonorités qui n’appartiennent qu’à lui, l’album « Safe Journey ».
4) Esbjörn Svensson Trio : From Gargarin’s Point of View (« From Gargarin’s Point of View ») – ACT Music
Le jazz moderne doit beaucoup de son renouvellement au pianiste suédois Esbjörn Svensson. Retenez bien ce nom. Il a formé E.S.T. (E.S.T. pour Esbjörn Svensson Trio) dans les années nonante, un trio qui fusionnait le jazz avec la musique classique, une touche d’electro et le pop/rock. Le titre emblématique que nous allons entendre en est la synthèse, un titre au visuel magnifique ! Imaginez : « From Gargarin’s Point of View ». Malheureusement Esbjörn Svensson nous a quittés bien trop tôt, victime en 2008 d’un accident de plongée. Il avait quarante-quatre ans à peine.
5) The Bad Plus (joined by Wendy Lewis) : Comfortably Numb (« For All I Care ») – Do the Math
Le pianiste Esbjörn Svensson sera parti beaucoup trop tôt, mais il aura aussi laissé dans le jazz un énorme héritage. Parmi les groupes essentiels qui ont suivi – en trio également lors de sa très bonne période – il y a les Américains de Bad Plus. Depuis, le Bad Plus a connu plusieurs configurations avec des hauts et des bas et on annonce leur tournée d’adieu qui passera par le Leuven Jazz début avril.
Voici le Bad Plus dans sa meilleure période, avec le pianiste Ethan Iverson. Nous sommes en 2008 et ils commettent cette version insensée du « Comfortably Numb » de Pink Floyd, une version chantée (et on ne sait trop comment, mais elle y arrive) par Wendy Lewis.
6) Melanie De Biasio : Your Freedom Is the End of Me (« Lilies ») – Le Label
On démystifie le jazz aujourd’hui avec des musiciens de jazz susceptibles d’intéresser les amateurs d’autres musiques et surtout ceux qui pensent (parfois à juste raison) que le jazz est une musique codée et (à tort) qu’elle ne les concerne pas.
En Wallonie aussi, il y a des musiciens dont la sensibilité pourrait vous toucher. Exemple : la chanteuse carolo Melanie De Biasio qui mène une carrière internationale plutôt réussie.
7) Guillaume Vierset / Harvest Group : Pink Moon (« Songwriter ») – Talia
Autre talent originaire de la Wallonie, le guitariste liégeois Guillaume Vierset. Comme beaucoup d’autres, Guillaume Vierset multiplie les projets. L’un d’entre eux « Harvest Group » tourne autour de la musique folk anglo-saxonne. Exemple : la reprise de « Pink Moon », une chanson que l’on devait à Nick Drake.
8) De Beren Gieren : The Houses (« What Eludes Us ») – Sdban
Evidemment, le Nord de la Belgique regorge lui-aussi de talents jazz ouverts aux autres genres musicaux. L’un des plus reconnu est un trio piano / basse / batterie emmené par le claviériste Fulco Ottervanger, De Beren Gieren. Ils ont déjà pas mal d’albums à leur actif, le nouveau « Fuzzy Bears » étant annoncé pour très bientôt. De Beren Gieren, une fusion electro-jazz et avant-gardiste : voici « The Houses ».
9) Black Flower : Morning in the Jungle (« Magma ») – Sdban
Autre groupe essentiel de la nouvelle scène jazz flamande, Black Flower, emmené pour sa part par le saxophoniste Nathan Daems. Le groupe s’éloigne peu à peu de l’éthio-jazz où on le cataloguait. On reste néanmoins en mode fusion avec cette superbe chanson assurée par Meskerem Mees : « Morning in the Jungle ».
10) Condor Gruppe : The Wanderer (« Interplanetary Travels ») – Condor Men
Achevons ce tour de Flandre avec des groupes de jazz qui devraient plaire aux amateurs de rock (pour rappel, c’est la ligne rouge de notre feuilleton). Direction Anvers cette fois avec un groupe de jazz psyché-rock et autres fusions, le Condor Gruppe. Un groupe qu’il faut avoir vu sur scène au moins une fois, pourquoi pas chez eux, dans cette vieille salle de cinéma réaffectée, De Roma. Le Condor Gruppe en mode Enio Morricone : « The Wanderer ».
11) Painkiller : Scud Attack (« Guts of a Virgin ») – Earache
Nous avons fait notre tour de Belgique… Direction New York où sévit de longue date le saxophoniste John Zorn. Un personnage à part qui dirige le label Tzadik et à qui on reconnait la production de plusieurs centaines d’albums. John Zorn s’intéresse au jazz, à l’avant-garde, à la musique klezmer mais aussi au hardcore et au death metal jazz qu’il joue essentiellement au sein des formations Naked City et Painkiller. Oreilles sensibles s’abstenir : Painkiller en trio avec Bill Laswell à la basse, Mick Harris (de Napalm Death) à la batterie et John Zorn au saxophone et (disons…) aux voix : « Guts of a Virgin ».
12) Jon Hassell : Last Night the Moon Came (« Last Night the Moon Came, Dropping its Clothes in the Street ») – ECM
Non, ne changez rien aux réglages du son, tout se passe bien ! Je vous avais averti, nous venons d’écouter Painkiller.
C’est beaucoup plus en douceur que nous achevons cet épisode. C’est avec Jon Hassell, un trompettiste né à Memphis que nous allons en effet clôturer cette édition spéciale : « les musiciens de jazz susceptibles d’intéresser les amateurs de rock ». Jon Hassell a créé un son, qu’il a partagé avec des musiciens comme Brian Eno, les Talking Heads ou encore Ry Cooder. On l’associe aussi au mouvement ambient et on le retrouve ici en fin de carrière (Jon Hassell est décédé il y a cinq ans) sur le label ECM : « Last Night the Moon Came ».
Dans un mois, nous achèverons ce feuilleton avec neuf autres groupes de jazz susceptibles d’intéresser les amateurs de rock.
Intervalles sur Équinoxe FM
Chaque mardi à 18 heures (rediffusion le jeudi à 22 heures).
