Le dossier Intervalles du mois – Juillet : Il fait chaud – Retour sur le dossier Sly & Robbie, la section rythmique qui a révolutionné le reggae.

Le dossier Intervalles du mois – Juillet : Il fait chaud – Retour sur le dossier Sly & Robbie, la section rythmique qui a révolutionné le reggae.

En partenariat avec radio Équinoxe FM (105.0 à Liège et en streaming), JazzMania vous proposera tous les mois un dossier musical spécifique. Chaque mois, un thème, toujours choisi sous le signe de la (re)découverte, en mots et en sons.

Ils nous ont quittés il n’y a pas très longtemps… Non sans nous avoir laissé de leur vivant plus de 200.000 chansons enregistrées ! La rythmique légendaire Sly & Robbie a révolutionné le reggae. Ça valait bien une « spéciale » dans le Intervalles… Dont acte !

Intervalles #386 – Sly & Robbie 23 juin 2026 on Equinoxe FM – Reggae

1) Sly & Robbie feat. Sussan Deyhim : Words in Verse (« Version Born ») – Palm Beats

Sly and Robbie, featuring la chanteuse iranienne Sussan Deyhim. Il fait chaud en Europe en ce moment, la météo se prête à écouter des musiques lointaines venues, pourquoi pas, de la Mer des Caraïbes, plus particulièrement de cette île peuplée d’à peine 3.000.000 d’habitants, la Jamaïque, berceau du reggae. Le reggae est un genre musical qui a évolué avec les années en se reposant sur une technique rythmique spéciale. Il a connu un énorme succès lors de sa période roots, celle de Bob Marley entre autres, qui s’étend approximativement du début des années 70 jusqu’au début des années 80. A l’époque et même par la suite, deux musiciens jamaïcains ont assuré la plupart des rythmiques du roots : le batteur Sly Dunbar et le bassiste Robbie Shakespeare dont on a recensé la présence, tenez-vous bien, sur plus de 200.000 chansons.

On ne les écoutera pas toutes, mais on va quand même consacrer une heure d’antenne à cette paire magistrale surnommée Sly Drumbar and Robbie Basspeare…

2) Skin, Flesh & Bones : Injection Dub (« Dubs in Blood ») – Pressure Sound

On retrouve les premiers enregistrements de Sly Dunbar notamment sur des sessions du backing-band Skin, Flesh & Bones. C’est habituel sur l’île : on constitue des groupes qui accompagnent les chanteurs jamaïcains ou qui travaillent pour des producteurs de Kingston. Skin, Flesh & Bones a été créé en 1974 par le chanteur et bassiste Lloyd Parks ainsi que le claviériste / producteur Ansell Collins.

3) King Tubby and the Aggrovators : Natty Dub (« Shalom Dub ») – Rhino

A peu près au même moment, le bassiste Robbie Shakespeare est engagé par le producteur Bunny Lee au sein d’un autre backing-band jamaïcain : The Aggrovators. Ce backing-band se réunit pour l’essentiel autour du saxophoniste Tommy McCook, membre d’un groupe essentiel, les Skatalites. On retrouve également The Aggrovators sur des enregistrements de l’ingénieur-son précurseur du dub, King Tubby.

4) Derrick Harriott and the Revolutionaries : Tonight Tonight (« Reggae Chart Busters Seventies Style ») – Crystal

A force de squatter les studios de Kingston, Robbie et Sly finissent par se retrouver au sein d’un backing-band commun. Ce backing-band a été essentiel pour l’histoire du reggae puisque c’est lui, The Revolutionaries, qui est à l’origine d’une nouvelle direction du reggae avec des rythmiques que l’on appelle rythmiques « Rockers ». Vous allez l’entendre sur ce titre du chanteur Derrick Harriott, accompagné des Revolutionaries… Les temps changent !

5) Culture : Vacancy (« Harder than the Rest ») – Virgin

A partir de 1976, tout s’enchaîne dans le bon sens pour le duo rythmique constitué de Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. Ils deviennent pour ainsi dire presque incontournables en Jamaïque. On les retrouve d’abord en soutien du trio engagé Culture, formé par le charismatique Joseph Hill, mort d’un malaise en 2006, au lendemain d’un concert que Culture donnait à Anvers.

6) Black Uhuru : No Loafing – Sit and Wonder (« Sinsemilla ») – Mango

Nous sommes toujours sur l’île, la Jamaïque, et Sly and Robbie sont toujours extrêmement sollicités par les groupes locaux. Dont le trio vocal célèbre, Black Uhuru qui connaîtra un succès mondial suite à sa signature sur le label Island. Un album sort du lot : « Sinsemilla », paru en 1980 avec ce titre que vous reconnaissez peut-être, « No Loafing », sous-titré « Sit and Wonder », une allusion au fait que c’est bien à Stevie Wonder que l’on doit les parties de piano.

7) Peter Tosh : Bush Doctor (« Bush Doctor ») – Rolling Stones Records

Tiens, me direz-vous, on n’a pas encore évoqué Bob Marley… Bob Marley, ce sont les Wailers à la base : un trio qui comprend également Peter Tosh et Bunny Wailer. Or, tous deux annonceront leur départ du groupe en 1973, date à partir de laquelle Bob Marley assumera la suite de la carrière des Wailers, avec l’immense succès qu’on lui connaît.

Peter Tosh fera appel au duo Sly and Robbie à partir de 1978. A partir de cette date, la paire rythmique participera aux enregistrements et aux tournées du chanteur. « Bush Doctor » en 1978 est un succès énorme… Il faut dire aussi que pour cet album, Peter Tosh a obtenu l’aide précieuse des Rolling Stones en personne…

NB : rappelons que la drogue est dangereuse pour la santé…

8) Sinéad O’Connor : War (« Throw Down Your Arms ») – That’s why there’s chocolate and Vanilla

Et donc, Sly Dunbar et Robbie Shakespeare n’auraient jamais collaboré avec Bob Marley ? Pas tout à fait ! D’abord, il existe un titre dans la discographie de Bob sur lequel Sly Dunbar jouerait de la batterie (au conditionnel car son nom n’apparaît pas sur la pochette) : « Punky Reggae Party » que l’on retrouve sur l’album « Exodus ».

Ce qui est certain par contre, c’est que notre duo a produit et arrangé l’album de roots reggae que la chanteuse irlandaise Sinéad O’Connor a enregistré : « Throw Down Your Arms ». Sur cet album figure une chanson de Bob Marley, « War » qui s’inspire d’un discours tenu devant l’Assemblée générale des Nations Unies par l’empereur d’Ethiopie, Haïlé Sélassié. Une chanson qui a valu bien des déboires à Sinéad O’Connor puisque c’est lors de l’interprétation de celle-ci au cours de l’émission Saturday Night Live, qu’elle avait déchiré en direct une photo du pape Jean-Paul II.

9) Serge Gainsbourg : La nostalgie camarade (« Mauvaises nouvelles des étoiles ») – Philips

1979, à un moment où le reggae est à son apogée, Serge Gainsbourg – toujours à la pointe de l’actualité musicale hors hexagone – contacte le duo Dunbar / Shakespeare pour qu’il produise pour lui un album de reggae, « Aux armes et caetera ». Il faudrait sans doute une émission entière pour vous parler de cette collaboration, et notamment du tollé suscité par cette reprise de l’hymne national français en version rastaquouère. Toujours est-il que cet album est un succès historique pour Gainsbourg qui relancera le processus deux ans plus tard avec l’album « Mauvaises nouvelles des étoiles ».

10) Marianne Faithfull, Sly & Robbie : Lola R. For Ever (« Monsieur Gainsbourg Revisited ») – Barclay

Demeurons un petit moment de plus sur cette collaboration qui les unit à Gainsbourg. Il y a 20 ans était publié un album rendant hommage à Gainsbourg, en anglais. Parmi les intervenants qui interpréteront une version personnelle du répertoire du chanteur français, on retrouve Tricky, REM, Portishead, Placebo (avec Françoise Hardy), mais aussi Sly & Robbie qui rejouent avec un brio incroyable le dorénavant classique du répertoire de Gainsbourg : « Lola Rastaquouère »… Au chant (ou plutôt à la récitation), Madame Marianne Faithfull !

11) Sly & Robbie Meet Nils Petter Molvaer : European Express (« Nordub ») – Sony

Sly and Robbie n’étaient jamais avares en rencontres. Ce qui a pu déboucher sur des projets inattendus, voire audacieux. En 2018, le duo entreprend une tournée avec des musiciens associés au nu-jazz, en particulier le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer. Figurez-vous que cette tournée est passée par le Reflektor à Liège, un concert que vous avez certainement loupé compte-tenu de l’assemblée famélique recensée ce soir-là. Cette association nu-jazz / reggae a un nom puisqu’un album a été enregistré en fin de tournée : « Nordub ».

12) Bob Dylan : I and I (« Infidels ») – Columbia

Sly & Robbie et la chanson française, Sly & Robbie et le jazz… Et bien évidemment Sly & Robbie et le rock. Parmi les collaborations les plus connues, il y a bien entendu les Stones, Santana, Ian Dury… mais il y en a aussi une plus inattendue : « Infidels », un album de Bob Dylan produit par Mark Knopfler en 1983 et pour lequel, il faut l’admettre, le duo jamaïcain sort clairement de sa zone de confort…

13) Grace Jones : Walking in the Rain (« Night Clubbing ») – Island

Une heure en compagnie de Sly & Robbie, ça passe extrêmement vite ! Rappelons s’il le fallait encore, que Sly Dunbar est décédé en début d’année à l’âge de 73 ans et que pour sa part, Robbie Shakespeare nous avait déjà quittés cinq ans plus tôt, à l’âge de 68 ans.

On clôture ce dossier avec sans doute leur plus grand succès en tant que producteurs : deux albums qu’ils ont offerts à une compatriote (on l’oublie souvent), reine du dancefloor, mannequin à ses heures : Grace Jones. « Night Clubbing », puis « Living My Life ».

Et ce tube de l’époque : « Walking in the Rain ».

Intervalles sur Équinoxe FM
Chaque mardi à 18 heures (rediffusion le jeudi à 22 heures).

Yves Tassin