Le Gaume Jazz 2025 : en route vers les cinquante ans !

Ne pas changer une équipe qui gagne, c’est ce qu’on dit en sport. On peut l’appliquer sans hésitation au jazz tel qu’il est proposé à Rossignol depuis quarante ans. Succès artistique, mais aussi public (le samedi soir, le chapiteau était bondé), cette édition ensoleillée restera dans les mémoires. Aperçu de quelques concerts vus en trois jours.
J’avoue ne plus avoir entendu « Heptone » depuis longtemps, ce septet du nom du club géré par le pianiste Olivier Collette qui ouvrait les festivités en début de soirée. « Colours » résume parfaitement le sentiment qu’on a à l’écoute d’un groupe soudé et où le partage fait figure de leitmotiv : tous les musiciens se partagent des solos drôlement bien balancés, sur des compositions du leader, mais aussi de pièces revisitées avec beaucoup de ferveur et de bon goût : ainsi « Nature Boy » et « Blackbird » aux douces et mélodieuses teintes bop, sans oublier un tendre clin d’œil à Pierre Van Dormael en ouverture.
L’« Auster Loo Collective » de Simon Leleux nous propose une mixité instrumentale rare : setar, koto, kora et les multiples percussions (dohola, daf…) se partagent le répertoire de l’album joué – me semble-t-il – dans l’ordre de l’album : « Kali », « Jeegee », « Aruna » ce dernier dans un tempo lent suivi de tensions intenses avant l’apaisement du chant de Shahab, un petit bijou de construction. Un concert salué avec ferveur par le public du grand chapiteau.
Dans la petite salle du centre culturel, lieu parfait pour cette musique tout en finesse, Tom Bourgeois proposait son nouvel album « Lili » en deux sets malheureusement trop courts tant la musique autour de Lili Boulanger est touchante et passionnante à la fois. Un superbe moment de grâce où la voix de Veronika Harcsa a soufflé le public.
« Black Lives », c’est le groupe de l’année, formation à géométrie variable où tour à tour sont mis en évidence les voix et les instruments – époustouflant Pierrick Pedron, brillant David Gilmore, enthousiaste Grégory Privat. Une énergie qui a enflammé le nombreux public du grand chapiteau.
En ouverture du samedi, le traditionnel concert des « Petits Gaumais ». Emmené par Laurent Blondiau, on allait passer des moments plein d’entrain, de rythme et de bonne humeur. C’est avec de telles initiatives que le Gaume Jazz prépare son public de demain (d’après-demain !) : ouverture d’esprit, joie de vivre, proximité, c’est le jazz en devenir à Rossignol !
Wajdi Riahi, on ne le présente plus ! Il y a quatre ans à peine, il remportait le concours « jeunes talents » à Dinant et quel parcours depuis ! Un trio inchangé, gage de cohésion et de surprises à la fois, Basile Rahola impérial et souriant durant tout le concert, Pierre Hurty modèle d’invention et de réactivité. Un concert qui débute en jouant sur la mélodie : est-ce une composition de Joni Mitchell ? Non, c’est du Wajdi ! Pur jus, libre et romantique, swinguant et chantant, en un mot enivrant ! Et quand le pianiste se met au chant, ses racines reprennent le dessus, envoûtant cette fois. Un des grands concerts de cette édition !

Le festival nous offre souvent des inédits et le concert de la salle du village nous a gâtés avec l’étonnant duo sax- koto dont la Japonaise Mieko Miyazaki est une spécialiste. Répertoire original dont un surprenant air folklorique alsacien sur des paroles en japonais et une émouvante version d’« Avec le Temps » de Léo Ferré en rappel.
Dimanche, c’est clarinette !
Traditionnel concert final du off sur le site merveilleux de Montauban, un prélude à la carte blanche d’Aurélie Charneux. En solo, la clarinettiste nous a proposé un beau voyage au travers de ses influences : la musique folklorique avec une gigue « préhistorique » où l’instrument se fait grinçant, rauque, doux ou sautillant selon l’humeur de la musicienne. Sans oublier les influences marquantes de John Zorn et Louis Sclavis. Quelques heures plus tard, on retrouvait Aurélie Charneux sur la grande scène dans un formule « double trio », influence folk pour la partie avec Nicolas Puma et Simon Leleux, plus contemporaine pour celle avec Eve Beuvens et Marine Horbaczewski, le rassemblement des deux trios offrant les couleurs les plus festives de la carte blanche.
Clarinette (ter) pour ce dimanche : le « Foliez Amato Quartet » propose un répertoire aux douces et poétiques mélodies, parfois d’inspiration latine, d’Europe de l’Est aussi, ou plus classique. Pas d’exubérance, mais une finesse de jeu sur la rythmique souple de Stephan Pougin. Pas de reverb, de boucle ou de sono tapageuse, la musique à l’état pur « accessible, belle et simple » comme l’a définie la trop discrète pianiste Emeline Planchar.
