L’Oiseau Ravage : Vertiges de la mue
Le bruit du vent dans les arbres – Inouïe Distribution
De Toulouse nous arrive le second CD d’un duo fournisseur d’une musique assez inclassable. J’ai trouvé le mot indie jazz pour essayer de la qualifier au mieux. Elle est tellement hybride : du jazz de chambre, du jazz contemporain, du pop rock « do it yourself », des bricolages, des enregistrements dans la nature. Le groupe se compose de la chanteuse, à la voix haut perchée, Charlène Moura. Elle joue du saxophone alto, de la batterie et utilise de nombreux objets sonores : oiseau mécanique, cage, casserole, mégaphone… Son comparse Marek Kastelnik joue du piano droit Pleyel issu des années 70. Ce piano est parfois préparé avec de la colle patafix et une pince à cornichons ! Et à la fin du titre « La vie rêvée des aigles » on entend nettement une corde qui se casse ! Nous n’oublierons pas de mentionner les cris, les chants d’oiseaux qui parcourent l’album ainsi que leur présence dans certains des neuf titres des compositions. Dernières précisions : l’album a été enregistré au home studio de Benjamin Glibert (Aquaserge) et la pochette est illustrée par une huile sur toile nommée « L’aigle blessé » due à Rosa Bonheur. Dès la longue plage d’ouverture « La cérémonie » (10’21) le duo nous immerge dans son univers singulier. Il est alternativement brut et lyrique. La voix de Charlène monte rapidement dans les aigus. Parfois, elle installe une furie vocale qui n’est pas sans nous rappeler Nina Hagen, Catherine Ringer, Lydia Lunch ou Yoko Ono. On succombe facilement au très bon « Reflets iridescents en apesanteur » qui délivre une belle progression mélodique. Cette musique se veut aussi parfois cinématographique. Il y a du Nino Rota et du Kurt Weill, notamment au sein de « Poule d’or », une valse bien déglinguée. Une certaine gaieté, entre Debussy et Satie, est perceptible au sein du déjà nommé « La vie rêvée des aigles ». Ce titre pourrait servir d’accompagnement musical à un vieux film comique, en noir et blanc, dans lequel apparaîtrait Buster Keaton ou Charlie Chaplin. Je n’ai pas envie de mettre en avant un des membres du duo, mais j’avoue que le piano est souvent étincelant. Le saxophone se la joue plus bruitiste, radical et c’est cette union entre les deux instruments principaux qui fait la spécificité de ce jazz singulier. Et si à la lecture de ces lignes vous vous dites que cette musique vous semble farfelue, détrompez-vous. Tout ceci est bien écrit, soigné, précis. Et ces sonorités intemporelles devaient séduire le public d’Aksak Maboul. Sachant que ce dernier a aussi collaboré avec Aquaserge. Osez les vertiges issus de cette belle découverte.
