Maniac Maison : Maniac Maison
Le jazz mène à tout. Même à de la synth pop syncopée, un brin perturbée. Une petite histoire brève, explicative. Le pianiste de jazz et compositeur belge Casimir Liberski rencontre à Berklee la chanteuse saxophoniste, flutiste japonaise Shoko Igarashi. Le couple s’installe à New York mais Casimir reste en contact avec son ami d’enfance, le Bruxellois Lucien Fraipont. Ce dernier chante, joue de la guitare, de la basse, des synthés et s’est fait connaître notamment au sein de Robbing Millions et d’Aksak Maboul. Dès 2020, les trois musiciens, toujours éloignés, jettent les bases de Maniac Maison. Le couple revient s’installer à Bruxelles, Casimir y construit un studio d’enregistrement et le groupe y enregistre ce premier album. Disponible en digital mais surtout publié physiquement sur un éclatant vinyle orange ! Malgré leurs passés de jazzmen, ce sont le Yellow Magic Orchestra et son leader Ryuichi Sakamoto ainsi que Telex qui ont influencé leur musique, mais ils lui ont imprimé leurs touches personnelles. Si l’album s’ouvre sur une longue plage instrumentale (seuls quatre titres sur les dix sont chantés) assez cinématographique, le second chanté en japonais évoque plus la new wave anglaise (Ultravox, New Muzik). Les synthés, les claviers sont omniprésents. Sur eux, le groupe se démarque via de la pop expérimentale fouillée, des passages plus relaxants, lounge, des rencontres entre jazz, classique et AOR (« Death Companions »), des sucreries eighties sautillantes, bien pop, bien délurées (« New Museum »). Des rythmiques robotiques, EBM, dissonantes précédent des nappes vaporeuses. C’est régulièrement dansant, kitsch, c’est une musique qui invite souvent à la fête ou pourrait être le support d’un jeu vidéo. La voix de Shoko évoque des chanteuses désinvoltes, rigolotes comme Lene Lovitch ou Lio, mais le groupe a préféré jouer la carte « indie » plutôt que le hit catchy. Seul le titre « Je travaille sur ma musique » pourrait bénéficier de ce statut grâce à son rythme épileptique, son influence Telex et un refrain immédiat. A noter que quelques invités posent leur instrument (batterie, percussions, flûte et basse) sur quelques morceaux et quelques touches de sax free et d’un piano classique complètent le tableau. Mania Maison a joué la carte de l’indépendance, de la recherche d’originalité, n’a pas cherché le succès commercial. Juste une reconnaissance pour sa démarche toute « autre » sur des bases qui ont fait leur preuve. La modernisation, l’actualisation d’une musique datée.
