Mark Turner : Patternmaster
Parfois, à la faveur de l’approche du soir, on s’enfonce dans le canapé, on glisse un CD dans le lecteur, on allume la stéréo. Non pas une enceinte active au son formaté, mais une bonne vieille chaîne hi-fi avec deux haut-parleurs dotés des membranes qui vibrent. Parfois, on s’en remet au plaisir de l’écoute pure et simple, sans perturbation extérieure. Parfois, on veut juste écouter un disque de jazz. On fait fi des étiquettes, quelles qu’elles soient : « new », « nu », « post », « impro », « contempo » et autres. Parfois on tombe sur un de ces disques dont on n’attend rien mais qui, chemin faisant, vous comble. Ainsi de ce nouvel album de Mark Turner. Six pièces. Près de cinquante minutes qui passent sans qu’on ne les voie passer. La seule chose sensée que l’on puisse dire est qu’il s’agit de jazz. On aurait envie de s’arrêter là, ne pas en rajouter, ne pas forcer les qualificatifs qui, somme toute, ne servent qu’à meubler le texte. Bien sûr, Turner est un saxophoniste hors pair. Bien sûr, il n’a pas encore tout dit. Bien sûr, sa discographie témoigne de ses innombrables collaborations sans qu’il soit besoin de les détailler (on rappellera qu’il a notamment joué avec des musiciens belges (Pierre Lognay, Kris Defoort, Nicolas Thys…). « Patternmaster » est un titre qui sied à son travail tant Turner semble maître de ses modèles, de ses phrasés chatoyants et cuivrés à l’envi. C’est le deuxième disque qu’il réalise aux côtés du trompettiste Jason Palmer, du bassiste Joe Martin et du batteur Jonathan Pinson après « Return From The Stars » paru en 2022, également sur ECM. « Patternmaster » a été enregistré dans le Vaucluse, mais il pourrait tout aussi bien l’avoir été à New York, Tokyo ou à Helsinki tant il porte en lui l’universalité de son langage musical.
