Miman : IX-X
C’est d’abord un coffret. Un coffret orné d’une peinture paysagère mi-impressionniste mi-naïve. Aucun titre, aucun nom. Il nous faut aller au verso pour s’enquérir. En l’ouvrant, on y découvre quatre CD, on y apprend que le peintre dont question est Albrecht Dürer et que c’est un groupe dénommé Miman qui est à l’œuvre. Sous cet alias se profilent trois musiciens : Andreas Røysum, Hans P. Kjorstad et Egil Kalman. Tous trois sont étroitement associés au label norvégien Motvind Records dépendant lui-même de l’organisation Motvind Kulturlag programmant un festival annuel singulier. Nous les avons évoqués à plusieurs reprises dans nos pages pour leurs projets respectifs. Miman avait déjà réalisé trois albums dans le passé. Ceci est de loin son œuvre la plus ambitieuse, à la fois dans le format proposé et dans la démarche qui la sous-tend.
Le premier CD, simplement titré « IV », a été enregistré en Norvège. Outre son instrument de prédilection, la clarinette basse, Røysum y joue de la flûte et des percussions. Kjorstad, en plus de son violon, s’essaye aux synthétiseurs, à la scie et également aux percussions. Pour sa part, Kalman passe aussi bien de sa contrebasse au synthé modulaire qu’à la guimbarde. Un disque qui se révèle assez aventureux et quelque peu déboussolant. Sur le deuxième CD, Miman réinterprète la musique d’Hildegard Von Bingen (compositrice du douzième siècle) en lui donnant des atours insoupçonnés et superbement mis en relief. « Miman Meets Frederik Rasten », le troisième CD, convoque ce guitariste acoustique, également norvégien, qui rejoint le trio pour huit belles compositions enregistrées à Berlin où Kalman délaisse sa contrebasse et se saisit après coup de la table de mixage, comme pour mieux mettre en évidence la guitare. Enfin, sur le quatrième, Miman invite le batteur Mark Sanders pour une longue pièce improvisée de plus quarante minutes.
Ce qui nous interpelle à l’issue de ces 160 minutes et quelques, c’est la façon dont Miman parvient à jeter des ponts entre le folk norvégien axé sur le fiddle, le jazz scandinave contemporain et l’improvisation en rase campagne. Une musique de racines, à la fois organique et bucolique.
