Miroslav Vitous : la reconversion

Miroslav Vitous : la reconversion

Miroslav Vitous © Roberto Masotti – ECM

Au lendemain de la parution chez ECM d’un album regroupant quelques titres inédits, « Mountain Call », rencontre avec une légende qui se fait discrète.

Votre dernier enregistrement sur ECM remonte à quelques années.
Miroslav Vitous : Mon dernier album sur ECM, je crois que c’était « Universal Syncopations II ». Non, « Music of Weather Report », je crois bien que c’était le dernier.

Ce nouveau disque est une sorte de kaléidoscope de vos compositions, quelques morceaux que vous n’avez jamais publiés auparavant. Pourquoi avoir choisi de le faire maintenant ?
M.V. : Ce sont ce qu’ils appellent les morceaux inutilisables des enregistrements précédents. Certains d’entre eux sont tels quels, comme les duos avec DeJohnette. J’ai juste ajouté l’orchestre, mais rien n’a vraiment changé. J’ai juste édité un peu. Et pour d’autres, j’ai utilisé quelques enregistrements, je les ai mis ensemble et les ai édités. Donc, j’ai travaillé comme ça. En fait, ils ont tous été enregistrés dans la période de 2003 à 2012

Les morceaux avec Michel Portal sont-ils tous improvisés ?
M.V. : Oui, les duos sont tous improvisés… Sauf « Mountain Call » qui a été écrit en Allemagne. 

C’est un morceau que vous avez écrit spécialement pour lui ?
M.V. : Oui, j’ai écrit le morceau spécialement pour cette session.

« Discussion était le titre le plus proche sur lequel on s’est réunis. »

Le titre « Discussion » convient parfaitement à la façon dont vous envisagez la musique de cet album.
M.V. : C’est une conversation, une discussion. Quand j’ai choisi les pièces et que je les ai éditées, on a commencé à écouter l’enregistrement et on a essayé de trouver le titre qui décrivait ce qu’était la musique. « Discussion » était le titre le plus proche sur lequel on s’est réunis. J’ai choisi de l’appeler ainsi.

Miroslav Vitous © Roberto Masotti – ECM

Quel a été le processus de composition pour cet album ?
M.V. : J’ai repris quelques morceaux déjà enregistrés, et j’ai vu ce qu’il était possible de faire. Par exemple, pour le duo avec Michel, il y a eu deux heures d’enregistrement continu, avec une pause entre les deux. Ça a été enregistré pendant la session où Michel enregistrait « Remembering Weather Report », entre les prises. Pour « Epilog », c’était différent : c’est enregistré en live avec Jack Dejohnette en 2003.

Qu’est-ce qui fait que Jack DeJohnette était un batteur différent ?
M.V. : Je pense que la différence c’est qu’il était aussi un pianiste…Oui, c’est ça. Il regarde la musique et le drumming d’un angle un peu différent que les autres joueurs, parce qu’il est plus musical, grâce à son passé en tant que pianiste… Je pense que c’est ça. Oui, c’est ça !

Vous l’avez rencontré il y a très longtemps.
M.V. : Oui, déjà fin des années 60 avec le quartet de Stan Getz.

« Rhapsody » est une pièce différente, avec orchestre et voix.
M.V. : J’ai eu des idées avec des couches que j’ai superposées, et je les ai apportées à la session avec la bande. C’était Gerard Cleaver, Gary Campbell et moi. On a enregistré ces idées et c’est devenu le squelette pour « Rhapsody », puis j’ai ajouté l’orchestre. Esperanza Spalding est venue plus tard pour la partie vocale.

Vous continuez de composer ?
M.V. : Je compose et enregistre une symphonie en ce moment, tous les jours, avec un orchestre classique. J’ai arrêté de jouer de la contrebasse à cause de problèmes au dos.

« Mountain Call » pourrait-il être le premier pas avant d’autres sorties inspirées par d’anciens enregistrements ?
M.V. : Il y a quelques prises mais ce sont des morceaux qui ne suffiront pas pour faire 40 ou 50 minutes de musique. J’ai choisi les meilleurs extraits qui pourraient être publiés et il n’y a rien d’un calibre qui serait utilisable pour un prochain album.

« Pour moi, c’est plus confortable de rester à la maison et de composer »

Manfred Eicher a-t-il participé au montage de l’album ?
M.V. : Manfred m’a aidé à créer l’ordre de l’ensemble. Il est génial. Il a mis les bonnes séquences de morceaux ensemble pour que ça ait du sens et qu’il présente la musique de la meilleure façon possible. C’est fantastique. Je lui ai demandé de le faire et il l’a fait. C’est sa partie dans la production de cet album.

Vous ne jouez plus sur scène. Est-ce quelque chose qui vous manque ?
M.V. : C’est intéressant que vous me demandiez ça : non, ça ne me manque pas du tout. J’ai joué tellement pendant ces 50-60 ans. Il y a eu suffisamment de concerts. Quand j’ai eu des problèmes de dos, c’était un trauma de voyager et de jouer un concert. Pour moi, c’est plus confortable de rester à la maison et de composer.

Miroslav Vitous
Mountain Call
ECM / Outhere

La chronique de JazzMania.be

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin