Moers Festival du 21 au 25 mai 2026

Moers Festival du 21 au 25 mai 2026

Bilder Flugflügel von oben © Nils Brinkmeier

Le Moers est un festival en perpétuelle quête, il ne cesse de questionner, de nous questionner, recourant à des slogans sous forme interrogative ou exclamative, comme pour mieux appuyer sa vocation. A Moers, rien n’est jamais définitif ou arrêté, l’équipe du festival est en brainstorming perpétuel, adaptant ses formules, faisant preuve de résilience face aux contraintes. Cette année, le festival retournait sur les lieux de ses débuts historiques à l’entame des années septante : au cœur de la ville, dans la cour du château (Im Schlosshof) et sur la place qui le borde (Kastellplatz). Sans compter, comme de coutume, les endroits annexes et off : les églises, catholique et évangélique, le centre culturel Die Röhre, le parc, une galerie d’art, des commerces… Autre modification importante pour cette édition, le festival s’étendait dorénavant sur 5 jours, du jeudi soir au lundi de Pentecôte inclus. Une extension permettant d’élargir l’affiche et le choix d’artistes, mais requérant une plus grande disponibilité de temps libre pour les festivaliers.

Chris Corsano et Nate Wooley, deux des musiciens mis à l’honneur, donnaient le ton le vendredi, le premier en fin d’après-midi, le second en début de soirée. La première véritable claque fut celle infligée par l’excellent Ches Smith en solo batterie et percussions dans la cour du château. Wooley, Corsano et Smith, nous ne le savions pas encore, nous allions les retrouver pour un concert « secret » le dimanche soir en intérieur pour une prestation d’une prodigieuse intensité. Un autre trio choc, germano-américain, féminin cette fois, s’incarna dans la rencontre entre la saxophoniste Angelika Niescier, la violoncelliste Tomeka Reid et la batteuse Eliza Salem. Parmi les découvertes qui nous secouèrent, ce fut, incontestablement, celle de Gellért Szabo, jeune conducteur d’un Ideal Orchestra. Perché, au propre comme au figuré, sur une nacelle en hauteur, Szabo le dirigea avec des codes et des consignes sibyllines. Le dimanche, en formule scénique traditionnelle, le public a eu droit à un véritable jeu où il invectiva ses musiciennes et musiciens, avec des grands gestes de défi, haranguant la foule tel un Meat Loaf de la musique contemporaine, un Zarathoustra illuminé, finissant par quitter la scène en état de transe. Grandiose !

De moments plus calmes ne furent pas en reste, dont celui de l’étonnante percussionniste Eva Philippou en session d’improvisation le dimanche matin. Ceux aussi consacrés aux interprétations des György Kurtág – devenu centenaire cette année – sur le temps de midi. Celles des œuvres de Morton Feldman, dont son endurant quatuor pour piano et cordes ayant débuté à minuit sonnant dans l’église St Josef, se prolongeant sur près d’une heure et demie au cœur de la nuit. Fidèle à son habitude, le Moers allait dénicher des artistes d’autres continents. Malgré les problèmes de visa affectant les musiciens du Bénin et un du Rwanda, on eut la chance d’entendre, le lundi, la formation bigarrée et haute en couleurs de Nana Benz du Togo.

The Dwards of East Agouza © Dennis Hoeren

Impossible de passer en revue toutes les entrées d’une programmation à tiroirs multiples. Retenons encore la vivifiante prestation des Suisses de KNOBIL ; le savoureux Alan Bishop, tant en trio avec ses Dwarfs of East Agouza qu’en solo pour un panel de chansons folk (dont des reprises improbables d’Alice Cooper et de Brian Wilson) à l’humour grinçant ; la paire sublime du pianiste/claviériste Elias Stemeseder et du batteur Christian Lillinger qui, pour l’occasion s’étaient adjoint le guitariste canadien Gordon Grdina ; l’apparition virevoltante de Nicole Mitchell et son Black Earth Sway ; le jeu taquin de Bonbon Flamme emmené par Valentin Ceccaldi. Et last but not least, pour terminer les opérations, la truculente Lakecia Benjamin, véritable phénomène de scène, présentant son nouvel album fraîchement sorti.

Nous l’avons écrit précédemment dans nos pages, le Moers ne se résume pas à un cortège de concerts, il s’inscrit également dans une dimension sociale, économique et politique. « Moers ist nie Mainstream ! Moers ist politisch ! »

Eric Therer