Mt Gemini : Dub the bass with my head man!

Mt Gemini : Dub the bass with my head man!

Yannick Franck – MT Gemini © Diana Dimitrova

Yannick Franck affectionne les alias : Orphan Swords, Figure Section, Outlaw Compound, RAUM… Fondateur du label Idiosyncratics, il avait réalisé, il y a une vingtaine d’années déjà, depuis son village d’origine à Heure-le-Romain de nulle part, une compilation mémorable reprenant des grands iconoclastes sonores (Charlemagne Palestine, Janek Schaefer, Jazkamer, Steffen Basho-Junghans…) Membre du duo Y.E.R.M.O. avec Phil Maggi dans sa jeunesse, il a collaboré avec des musiciens aventureux tels Craig Hilton, Jason Van Gulick, Pietro Riparbelli et bien d’autres… Nomade, il a résidé à Liège, à Gand, en Finlande, aux Etats-Unis et semble s’être posé à Bruxelles. Mt Gemini est un de ses derniers noms de scène.

Sous cette bannière, il s’emploie à défricher des terrains inexplorés de la musique jamaïcaine réorchestrée sous forme de manipulations électro-acoustiques. Grand amateur de ska et de dub, Yannick Franck poursuit avec ce projet une « déconstruction incantatoire de mélodies jamaïcaines, un mélange de mutations sonores cultivées en laboratoire, imprégnées d’étrangeté, de joie et de nostalgie. Mais surtout une méditation sur l’altérité et la conciliation des contraires. »

Récemment édité par l’excellent label Vlek, l’album « Hawk Deh Near » concrétise ce projet que l’on avait pu entendre live et qui nous avait autant séduit qu’abasourdi tant les basses peuvent monter en niveau sonore vers de hauts sommets. S’inspirant du proverbe jamaïcain « Chicken merry, hawk deh near », une expression mêlant humour et mise en garde, le titre, indique Yannick, « résume la tension centrale de l’album entre une apparente légèreté et une menace sous-jacente. Fragments de rythme, de mélodie et de texture sont intégrés à des compositions hypnotiques et abrasives où la répétition, la saturation et une psychédélie déformée déstabilisent les formes familières. Il en résulte une musique de déconstruction : brute, rituelle et d’une immédiateté émotionnelle saisissante. »

L’album a été enregistré, produit et mixé par Yannick un processus délibérément à l’opposé de la production numérique hyper-contrôlée. Il revendique ses imperfections, ses distorsions, se jouant parfois de phénomènes psychoacoustiques et d’incidents sonores non prévus.

« La Jamaïque ? Une culture que je ne comprendrai jamais tout à fait, par conséquence, la plus fascinante qui soit. »

Yannick revient sur ce travail au travers quelques mots-clés qui font écho à l’album et que nous lui avons soumis :

Dub : « Que se passe-t-il quand un bruitiste-collagiste sonore féru de musique expérimentale et d’industrial remixe de la musique jamaïcaine d’avant le reggae à proprement parler et sans jamais vraiment passer par la case Dub ? MT Gemini, évidement ! »

Jamaïque : « Comme l’ailleurs absolu, un lieu et une culture que je ne comprendrai jamais tout à fait, en soi et par voie de conséquence la plus fascinante qui soit. »

Rastafarisme : « C’est beau le rastafarisme, les valeurs et tout ce qui va avec, mais la vraie histoire d’amour, pour moi, c’est ce qui se fait avant l’apparition de cette religion dans le Reggae. De Prince Buster et Derrick Morgan jusque Count Ossie (salutations et merci à Alain Croibien d’avoir été le passeur quand j’étais étudiant aux Beaux-arts et que je courtisais sa charmante fille Alice. Nous écoutions des cassettes de Ska, Rocksteady… avec lui jusqu’au petit matin en fumant du shit. Ça forme le caractère.) »

Boucle : « Je nourris une obsession certaine pour les boucles, ce qui est en soi une pratique obsessionnelle, mais toujours transformatoire, pas question de se complaire dans l’enfer du même. »

Emincés de poulet : « Ah là oui. Avec le chili Jamaicain Choice qu’un ami m’a envoyé pendant des années depuis son petit appartement de Crown Heights (Brooklyn), celui qui est fait avec du Carolina Peper, 1.400.000 sur l’échelle de Scoville. Chicken Merry? Hawk Deh Near! »

Saturation : « Le meilleur outil pour une pratique ontologico-pataphysique du débordement, qu’il soit existentiel, musical, littéral ou libidinal. L’amour ça déborde de partout et ça refuse toujours de se justifier. »

Mt Gemini
Hawk Deh Near
Vlek Records

Des liens :

yannickfrancknoise

antibodylabel

vlekrecords

Eric Therer