NO(w) Beauty : (un)Seen
Quel plaisir nous submerge lorsqu’un groupe ou un artiste nous propose une musique originale, une évolution dans un univers presqu’inédit ! Ce ressenti m’a parcouru tout du long de l’écoute du second CD de ce quartet franco-américain. Il est composé de jeunes virtuoses inventifs nommés Hermon Mehari (trompette), Enzo Carniel (piano et synthétiseurs), Damien Varaillon (contrebasse) et Stéphane Adsuar (batterie et percussions). Tous se partagent la composition des onze titres sur lesquels quelques guests font leur apparition. Notamment le chanteur folk américain Sam Amidon sur « The Bird’s Enlightened Path » (où il m’a évoqué un jeune Robert Wyatt) et un quartet de cordes qui preste sur quelques plages. La musique jouée par tout ce monde peut être qualifiée de jazz moderne, cool, avec quelques doses énergiques (« Zone11 – Territoire(s) »). Souvent, ce jazz évolue dans la légèreté, il est quelque peu bucolique, il offre de la beauté, des émotions, il virevolte aux accents et aux rythmiques de ces imaginatifs musiciens. Et la présence de sons électroniques n’empêche point cette impression de musique aérienne qui s’évapore ! Sentiment renforcé par la présence de ces cordes qui posent un côté musique chambriste. Avec la présence de la trompette, qui joue à l’unisson avec le quartet de musique classique, quelques pensées vers Wim Mertens me sont venues. Aux premières écoutes de l’album, nous pourrions ressentir leurs compositions jazzy comme infimes, intimes. Mais plus on s’imprègne dans cet univers, plus on réalise comme il est bien étoffé. Plus on réalise que c’est le travail de quatre musiciens impliqués dans la composition, sans intention d’une mise en avant de l’un ou de l’autre. Même quand ils jouent, par exemple, une douce ballade jazzy (« Atlantic Currents ») tout reste ancré autour des quatre musiciens, dans le délicat, le créatif, même parfois dans le solennel. Chacun pose ses quelques notes, s’éclipse dans le soutien pendant le relais d’un de ses comparses. Ultime moment de pur bonheur, la composition « Intemporelle » qui clôt l’album comme une marche légère, délicatement dansante et qui se termine d’une manière « petite confrontation batterie – trompette ». Avec ce genre de groupe, qui trouve encore matière à défricher le jazz, notre soif de belles découvertes ne diminuera pas. Je vous invite grandement à l’exploration de ce magnifique album.
