Philippe Gonin : Magma
Paru il y a une quinzaine d’années, cet ouvrage bénéficie d’une nouvelle édition augmentée qui file jusqu’à nos jours. En effet, le dernier fait d’armes concernant Magma dans ce livre, se rapporte à juin 2026 !
Le groupe français est une véritable institution, un groupe unique dans le monde musical. Formé en 1969 par deux musiciens dont la volonté est de faire une « autre » musique, c’est le batteur Christian Vander (aussi pianiste et chanteur) qui deviendra rapidement le leader du groupe. Qui va immédiatement se démarquer en créant la musique et l’univers « Zeuhl ». Une musique influencée par les affinités de Vander avec Stravinski, Bartok, Elvin Jones, Chet Baker, John Coltrane… Des sonorités singulières, mélange d’avant-garde, de rock et de jazz, qui innove encore en créant son propre « langage » aux consonances germaniques et slaves : le « kobaïen ». Pas vraiment destiné à la communication mais bien au rituel incantatoire, à la quête de spiritualité. A noter qu’au début des années 80, l’anglais et le français seront aussi utilisés. Un visuel, une théâtralisation sont également créés. Il y a l’omniprésence des tenues noires, mais surtout la création de l’emblème de Magma : La Griffe ! Influencée par le dessinateur belge Edgar P. Jacobs, la série Blake et Mortimer et plus spécifiquement la bd « La marque jaune », elle se retrouvera partout dans l’œuvre du groupe. Ces images, ce chant, ces attitudes feront que Magma se verra parfois qualifier de « groupe de droite » (pour rester poli). Magma accueillera environ 150 musiciens en son sein. Certains ont marqué le groupe de leur empreinte : Klaus Blasquiz, François « Faton » Cahen, Claude Engel, Jeff Seffer, Jannick Top, Didier Lockwood. Sans oublier Stella Vander qui au fil des années s’imposera comme un élément essentiel du groupe. A titre plus anecdotique, on notera les passages dans Magma, du guitariste anglais Brian Godding (Blossom Toes) et de nos compatriotes, le claviériste Jean-Luc Manderlier et le batteur Daniel Denis, tous deux ex-Arkham.
Dix fois Magma va mourir, parfois faute de combattants, parfois à cause de la mainmise de Vander qui entraîne des dissensions, des pressions, engendrant d’importants départs : l’emblématique chanteur Klaus Blasquiz et Cahen qui s’en ira former Zao qui évoluera dans un univers proche de Magma donc dans la tradition Zeuhl (info personnelle, leur premier album est vraiment bon !). Mais grâce à Vander, Magma reviendra. Toujours avec des musiciens issus du jazz et du rock. Même si pendant ces intervalles il créera d’autres formations : Offering avec Stella, Les Voix de Magma, uniquement claviers et voix, un trio ou un quartet de jazz. Il y aura aussi des spectacles destinés aux enfants ! Et pendant tout ce temps, Vander retravaille les morceaux de Magma au piano, ils ne seront certainement jamais terminés. L’exigence du musicien est à ce point.
Le livre est en deux parties. Tout ce que je viens de vous écrire est issu de la première partie, qui recèle de nombreuses informations et explications, détaille d’autres influences que celles
nommées ci-dessus, explique le kobaien. A vous de découvrir tous ces chapitres passionnants.
La seconde partie est une discographie fouillée du groupe. Chaque album est détaillé, décortiqué. Aux côtés de la pochette figurent les titres des morceaux, les musiciens qui jouent, les ingénieurs du son, les producteurs. L’auteur nous immerge réellement dans les albums et généralement propose une suite à sa chronique en publiant des avis émis par la presse après la parution du disque.
Le tout se termine sur une nécrologie / hommage à des musiciens disparus. Toujours un peu démoralisant à lire. C’est pourquoi je veux vous quitter sur une note plus joyeuse : saviez-vous qu’on voit Magma dans le film « Moi y en a vouloir des sous » de Jean Yanne !
Philippe Gonin
Magma
ISBN : 9782384318575
296 pages
24€
Et comme je le fais souvent, j’ai ré-écouté un vinyle pour m’imprégner des sons de Magma, au fil de la lecture de ce remarquable ouvrage. C’est sur « 1.001° Centigrades » que mon choix s’est porté. Un très bon choix. Tout comme l’acquisition de ce livre.
