Pierre-Arthur Lejeune: Echoes From The Undergrowth

Pierre-Arthur Lejeune: Echoes From The Undergrowth

Autoproduction

Il m’a téléphoné en fin de matinée – Joël Hahaut (Jazz9 à Mazy) lui avait transmis mes coordonnées – et quelques heures plus tard, il était devant ma porte. Il n’a pas voulu entrer. Juste quelques mots touchants « j’ai tout fait seul, j’ai joué tous les instruments, j’ai enregistré dans mon studio, j’ai fait les dessins, la pochette ». Il m’a tendu le vinyle et une biographie. On s’est quittés, réalisant que nous n’habitions qu’à quelques kilomètres l’un de l’autre. Précautionneusement, j’ai fendu le cellophane protecteur, regardé le feuillet avec les paroles et les dessins puis, au verso, j’ai vu l’étiquette numérotée : 20/99. J’ai ressenti de la gratitude. Cet artiste me faisait un cadeau, m’offrait une œuvre d’art en édition très limitée. Un objet qui, de par sa rareté, devenait immédiatement précieux. J’avais encore une quinzaine de chroniques à faire, mais je l’ai placé au-dessus du lot et il est devenu une priorité sans en avoir écouté une seule note. Le lendemain, il était sur la platine. Et j’ai réalisé que, sans le connaître réellement, j’avais déjà vu de nombreuses fois Pierre sur scène et que je possédais des CD de presque tous ses anciens groupes : Boundless, Hudson, The Oslo Deadtrash Project, Terror Terror. Même si les deux derniers étaient déjà des projets solos. Et en trente ans, je l’avais vu une quinzaine de fois en concert ! Pierre reprend « du service » avec un album éloigné des tumultes, un album proche de la nature puisque nous y entendons même des chants d’oiseaux. Un album où il déclare tout son amour à son épouse. Aussi son amour pour l’imaginaire et, à eux deux, ils occupent des places prépondérantes dans sa vie et au sein de son univers musical. La musique s’inscrit dans la folk pop rock DIY alternative, elle est jouée par Pierre sur de nombreux instruments : guitares acoustique et électrique, clarinette, xylophone, piano, violon, basse, batterie, marimba… Là-dessus, Pierre nous chante son folk délicatement, délicieusement « bidouillé ». Avec quelques notes, quelques sons, il installe une ambiance sereine et insère une belle mélodie qui, au fil des écoutes, s’immisce en nous. C’est le cas du très beau « Apart Again » mais surtout celui d’ « Afraid, Desperate and Lost » un subtil petit bijou. Tout l’album baigne dans une certaine forme de discrétion, de réserve, de bienveillance, installant un univers fantasmagorique, rêveur, qui délivre un peu de psyché, voire des dissonances à la Pavement. On pense aussi à Kevin Ayers ou Syd Barrett pour les aspects un peu « doux rêveur » ou nonchalants, aux Beatles, à Divine Comedy, à Sophia pour les belles et délicates mélodies, pour les ballades. Parfois, la composition est un peu plus sombre, empreinte de spleen (« Lanterns ») alors Pierre y insère une petite touche rayonnante. L’union de la guitare acoustique et le chant des oiseaux accentue encore le côté bucolique, pastoral. Et cet album mélodique, proche de la nature, à la fois organique, calme, retenu, limpide, minimaliste est original, relativement unique. Au fil des écoutes, ces douze chansons nous surprennent puis s’avèrent belles et chaleureuses. Une admirable découverte. Osez cette étonnante réalisation, intemporelle, que nous devrions pouvoir écouter en concert dans un futur assez proche.

Claudy Jalet