Pierre Vaiana, Mathieu Robert & Fabian Fiorini : Daedalos
Voici une association peu commune : un piano et deux saxophones soprano. Pierre Vaiana et Mathieu Robert sont deux musiciens attirés par l’ouverture autant que par l’inattendu. Cela fait de nombreuses années que Pierre Vaiana mène des projets au carrefour de différentes cultures qu’il fait dialoguer dans sa musique tandis que Mathieu Robert déploie son jeu dans une grande diversité de contextes, du grand orchestre au solo pur. Avec l’aide du pianiste Fabian Fiorini dont la facette jazz n’est jamais éloignée de son intérêt pour les musiques classique et contemporaine, les deux sopranistes ont enregistré un album basé sur le concept du labyrinthe. Mais le titre « Daedalos » choisi pour l’album renvoie aussi bien à Dédale, inventeur du labyrinthe de Crète pour le roi Minos, et par extension au mot français dérivé, qu’à l’art grec archaïque caractérisé par une grande habileté technique. Ces références éclairent parfaitement la musique entendue ici : elle se ramifie sans cesse en chemins multiples, les uns menant vers une destination précise, les autres semblant se perdre dans une foisonnante arborescence.
Ainsi, les trois pièces intitulées « Flore », chargées d’une intense spiritualité, ont un côté solennel propice au recueillement tandis que le mystérieux « Past Lives Connections » frôle une forme de chaos avant de se replier sur un ostinato de piano entêtant, tel un fil d’Ariane guidant la promenade. L’errance demeure au cœur de « Daedalos », dont le parcours aventureux est jalonné d’improvisations de haut vol. Tout aussi sinueux, « Ariane Suite » prolonge les idées du titre précédent — après tout, dans la mythologie grecque, Ariane est la fille de Minos. L’arrangement y est remarquable avec des notes de piano qui tombent en cascade sur des harmonies sculptées par les deux saxophonistes. « Anonymous Letter n°22 » est une sorte de soundscape propice à la méditation. Et puis il y a « Blues for Steve » qui est le morceau de l’album le plus proche du jazz classique : un blues dédié au sopraniste Steve Lacy, porté par un rythme de piano soutenu qui ouvre l’espace à de beaux solos.
Vaina, Robert, Fiorini : trois architectes sonores qui ont bâti une construction pleine de variations et de fantaisies, un dédale magique de possibilités infinies qui nous fait tourner en rond sans jamais trouver la sortie… Comme chantaient les Eagles dans Hotel California « You can check out any time you like. But you can never leave. »
Une collaboration avec Dragon Jazz.
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