PlainsPeak : Someone To Someone

PlainsPeak : Someone To Someone

Irabbagast Records

Avec le concept PlainsPeak, le saxophoniste Jon Irabagon forme un nouveau quartet qui lui permet de rendre un hommage explicite à Chicago, la ville qui l’a vu grandir et où il est retourné vivre. Ses compagnons de scène sont le trompettiste Russ Johnson, le contrebassiste Clark Sommers et le percussionniste Dana Hall, trois musiciens dont il a croisé la route autrefois. Le titre « One town that won’t let you down » figure sur la pochette intérieure. Dans un essai, Irabagon nous en explique les raisons. L’artiste y mentionne à la fois des chefs-d’œuvre architecturaux et des attractions touristiques, ainsi que des lieux culturels emblématiques tels que les clubs de jazz The Green Mill et The Velvet Lounge. Bien sûr, des noms célèbres apparaissent également qui entretiennent un lien direct avec Chicago, aussi appelée la « ville des vents » ou « la ville aux larges épaules ». Parmi ces personnages illustres, nous retrouvons notamment Johnny Griffin, Von Freeman, Gene Ammons et Roscoe Mitchell. Le premier constat qui nous frappe par rapport à « Server Farm », l’album précédent, est l’absence d’électronique. Ici, le quatuor joue de manière purement acoustique, sans recourir à des instruments auxiliaires. Le morceau d’ouverture est également la chanson titre de l’album. Il s’agit du morceau le plus court de ce nouvel opus (à peine cinq minutes) et il baigne initialement dans une atmosphère mélancolique, avec Sommers qui manie l’archet. À mi-chemin, Hall nous gratifie d’un solo qui bouleverse la composition, tandis que les deux cuivres s’illustrent de manière tout aussi cubiste. Bien qu’interprété sous la forme de ce qui ressemble à une marche, le morceau « Buggin’ the Bug », nous offre davantage de Blues. Les quatre musiciens s’y présentent comme une équipe soudée. Tout comme dans le morceau précédent, la Nouvelle-Orléans se rapproche. Au premier abord, « Malört is My Shepherd » nous fait penser à la bande originale d’un lendemain de soirée copieusement arrosée, après avoir abusé de la célèbre boisson du même nom. Le saxophoniste et le trompettiste se profilent en démons de service qui continuent à rôder sournoisement. D’autre part, imaginer la ville de Chicago sans pizza est tout aussi inconcevable. D’où le titre « At What Price Garlic » et la prestation de quatre cuisiniers musicaux qui nous concoctent différentes recettes. Laissons mijoter onze minutes et nous obtenons un mélange de saveurs épicées et complexes. La ballade poignante « Tiny Miracles (at a Funeral for a Friend) » contraste fortement avec la chanson précédente. Quant au morceau de clôture « The Pulseman », il repose sur un motif de « walking bass », avec Irabagon et Johnson qui se livrent une nouvelle fois à une joute musicale endiablée. Cet album démontre à nouveau, et avec force, que Sommers et Hall forment depuis des années une section rythmique chevronnée. Ne manquez surtout pas le « ghost track » de dix minutes, véritable point d’orgue de cet opus ! En résumé, « Someone To Someone » constitue un album conceptuel, mais du meilleur genre. C’est une nouvelle preuve de la polyvalence d’Irabagon. L’album est édité sous forme de digipack avec une pochette personnalisée de Jason Kutz.

Une collaboration Jazz’halo / JazzMania

Georges Tonla Briquet – Traduction libre : Alain Graff