Rêve d’Éléphant Orchestra : Jungle Binche
Au cœur de cette formation de sept musiciens, il y a une rythmique luxuriante dont l’impact a un poids énorme sur le style de musique pratiqué. La basse de Louis Frères et la frappe des deux batteurs-percussionnistes Michel Debrulle et Stephan Pougin, auxquelles on peut aussi ajouter les sonorités graves du sousaphone et de l’euphonium de Michel Massot, alimentent le feu et instaurent un rituel vibrant qui célèbre tout à la fois la danse primitive, la magie et la joie collective dans une esthétique de commencement du monde. Les clips vidéo et la pochette traduisent l’essence de leur univers chatoyant : la jungle tropicale dense et peuplée de mille cris, les tenues bariolées, et la musique joyeuse et expansive symbolisant partage et communauté. Tout cela cristallise dans le dernier titre, « Jungle Binche », qui, dans un syncrétisme innovant, renvoie aussi bien aux traditions de l’Afrique de l’Ouest qu’au folklore binchois animé par les airs carnavalesques des gilles.
Tout n’est pourtant pas que rythmes et tambours dans cette musique qui fait aussi la part belle à de superbes arrangements et à des mélodies accrocheuses. C’est ainsi que dans « Rossignol », se détache du fond orchestral une flûte élégante (jouée par Pierre Bernard) qui monte avec légèreté tandis que trombone et trompette apportent une dimension élégiaque. Et voici que l’éléphant déploie soudain des ailes de papillon et prend son envol au-dessus de la canopée. « Bleu Baleine » est une autre composition empreinte d’une nostalgie diffuse, arrangée avec goût, et qui recèle dans ses plis de superbes solos par Christian Altehülshorst (en charge du département trompette et bugle). Et ne manquez surtout pas la « Fête de l’araignée » dont les pattes velues s’étendent dans toutes les directions soniques. Le Rêve d’Eléphant Orchestra est un mini big band réjouissant : son sens de la dynamique et sa richesse texturale sont inouïs tandis que ses choix ludiques, qui n’ont peut-être rien d’académique, sont toujours aussi surprenants que délectables.
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