S.A.D.O. : Johann Fritz Tannhäuser – Die Wiedergefundenen Meisterwerke
S’appuyant sur des carnets de notes, des prises de vue, des rapports d’observation et de laboratoire, mais aussi sur une multitude d’animaux empaillés, l’artiste plasticien Joan, Fontcuberta avait proposé, à la fin des années 80 « Fauna », une installation mettant en scène les travaux d’un certain Docteur Ameisenhaufen. Un projet conceptuel de longue haleine où tout était fictionnel, échafaudé à partir de fausses données scientifiques, et faux, car ce dernier n’avait jamais existé, son personnage ayant été créé pour les besoins de l’exposition. Ce disque du collectif italien S.A.D.O. – acronyme de Società Anonima Decostruzionismi Organici – s’inscrit un peu dans la même démarche. Le Johann Fritz Tannhäuser dont on aurait retrouvé, miraculeusement, quelques chefs d’œuvre dont des extraits nous sont livrés sur cet album n’a, lui aussi, jamais existé ! De prime abord, l’auditeur se laisse prendre au jeu. Une notule biographique figurant sur la pochette nous explique que Tannhäuser (1898-1965) est un compositeur allemand originaire de Ratisbonne qui aurait consacré sa vie à la musique avec un esprit visionnaire, avant-gardiste, mêlant les genres, jouant des ondes Martenot, auteur de musiques de messe, de film, de théâtre, et même de ce qui ressemble à un opéra. Huit de ses compositions sont collationnées sur ce disque. Elles sont à chaque fois précédées d’une présentation, et recontextualisées, en italien, par un maître de cérémonie devant un public qui se serait réuni à la Chapelle San Pietro Martire à Vercelli un soir du 7 novembre 2025. J’utilise le conditionnel, car je ne suis même pas sûr que ce concert ait bien été exécuté… Cinq musiciens officient aux postes suivants : piano ; percussion et batterie ; chant et bansuri ; ondes Martenot sampler et violoncelle ; basse à cinq cordes). La paternité de ce faux musical, génial et véritable, revient à Paolo Baltaro qui en assure à la fois la direction et la production. Il y a dix ans, il signait déjà des bandes originales pour des films imaginaires (« The Day After The Night Before »). C’est dire s’il a de la suite dans les idées…