
Saint Sadrill : Frater Crater
A la tête de ce groupe français, nous retrouvons Antoine Mermet qui chante et joue du saxophone dans Chromb dont je vous ai chroniqué l’excellent dernier album il y a une dizaine de mois. Saint Sadrill est un autre de ses collectifs et ceci est leur deuxième album. Ici, en plus de chanter, il y joue des synthés et s’est chargé des enregistrements en extérieur. A ses côtés, cinq autres musiciens et musiciennes se chargent de nombreux instruments : vibraphone, percussions, batterie, accordéon, basse, claviers, guitare, sans oublier les bruits, dont un sifflet, et des objets divers ! Majoritairement le groupe joue une musique pop-rock accessible tout en étant malgré tout sophistiquée, voire audacieuse. Une musique qu’ils définissent comme de l’emo indie ou de la musique de chambre lo-fi et expérimentale. A l’écoute de la très belle voix du chanteur, dans le registre de celle de Guy Garvey, le chanteur d’Elbow, et au défilé des soyeuses nappes sonores, j’opterai pour un croisement entre Archive et Elbow. Mais le groupe s’aventure aussi dans des moments plus denses et là, ce sont Captain Beefheart et dEUS qui se défoulent à la fête foraine ! Voici les deux tendances dans lesquelles le groupe évolue, mais il y a de nombreuses voies empruntées. Sur « Pebble (Take It In Your Hand) », des nappes psychédéliques affrontent une rythmique tribale, sur l’excellent « I Look At The Whites Balconies » on emprunte un peu de l’univers déjanté de Philippe Katherine et on se fixe sur un rythme bien dansant. « Best Joke » développe de superbes vocalises bien accrocheuses, tandis que « Empty Chairs Vs Lonely Seat » est réellement captivant : magnifique voix secondée par un piano minimaliste et le tout évolue vers l’évanescent, le céleste. Je ne vais pas vous détailler les sept plages, mais retenez que cet album est composé d’une certaine pop expérimentée, est mélodiquement et instrumentalement riche et qu’il se montre inventif, intelligent, aérien et psyché. Et tout cela en soutien de la captivante voix d’Antoine Mermet. Un beau travail d’orfèvres.