Sébastien Texier & Christophe Marguet : Célébration

Sébastien Texier & Christophe Marguet : Célébration

Mélodie en sous-sol

Il y a mille et une façons de commémorer un événement. Sobrement, hargneusement, dignement ou encore joyeusement… Après avoir salué des personnalités et héros engagés contre l’esclavage et pour la liberté d’expression ou les droits de tous (Aimé Césaire, James Baldwin, Sitting Bull, Rosa Parks, l’inconnu de Tian’anmen…), Christophe Marguet et Sébastien Texier célèbrent cette fois les grands moments qui ont jalonné l’histoire et en ont changé radicalement le cours. Le batteur et le saxophoniste/clarinettiste ont donc composé dix thèmes qu’ils partagent une fois encore en quartette, avec Manu Codjia (eg) et François Thuillier (tuba). Ce jazz engagé, dans lequel on ressent toute l’implication, se pare des couleurs, des vibrations et des émotions que ces bouleversements sociétaux ont inspirées. Sax alto hypnotique et tuba haletant pour évoquer l’indépendance indienne face à l’empire Britannique («Quit India»), atmosphère suspendue, entre nervosité et soulagement, où clarinette, tuba et guitare tissent une poésie engagée, pour « Mon corps » (la loi Veil) et « Mon esprit » (droit de vote des femmes en ‘44). Chaque morceau est soutenu par un drumming aussi délicat et souple que tendu et sec de Marguet, et illuminé des brillantes interventions toutes en nuances de Codjia (riffs incisifs et solos hallucinés contrebalancés de nappes flottantes). Par-dessus tout cela, Texier brille, danse, ondoie, s’énerve ou apaise. « 1789 » (les droits de l’Homme), « Les œillets » (Portugal ’74), « Mandela » (’94), « Paris Libéré » (’44), « Yellowstone », « Abolition »… l’histoire se raconte. Si l’esprit du « Padre », Henri Texier, plane sur ce quartette, point de contrebasse ici. Cette pulsation rythmique est entretenue magnifiquement et impeccablement par Thuillier. A quatre, les musiciens conversent et enrichissent perpétuellement leurs propos et insufflent toujours un groove optimiste. Disque indispensable qui rappelle l’essence même du jazz et nous invite à rester attentif à l’érosion des droits fondamentaux, de la solidarité et à rester vigilants face à la montée des extrêmes.

Jacques Prouvost