Steven Bernstein : ResoNation Trio + Ultra Resonance feat. Scotty Hard

Steven Bernstein : ResoNation Trio + Ultra Resonance feat. Scotty Hard

Royal Potato Family

De ce côté de l’Atlantique, on connaît mal Steven Bernstein (pas de lien de parenté avec le légendaire Leonard du même nom, pas plus qu’avec le guitariste Peter Bernstein) alors qu’à New York, il se profile comme une figure majeure de la scène jazz depuis plusieurs décennies. Trompettiste renommé, il joue de la trompette à coulisse, un instrument peu habituel. Il est également un compositeur reconnu, ayant collaboré avec des pointures telles Hal Willner, Lou Reed, Bernie Worrell tandis qu’il a également écrit pour des cinéastes (Woody Allen et Robert Altman). Ces dernières années, c’est avec son projet Sexmob (un quartet qui existe depuis trente ans et qui privilégie l’improvisation) qu’il s’est joint à Laurie Anderson. Avec un tel pedigree, il ne pouvait que susciter notre curiosité. Il le fait d’autant plus que ce nouvel opus comporte en réalité deux albums distincts qui ont été joints sur le même CD dont la longueur totale frise les quatre-vingts minutes !

« ResoNation Trio » voit Bernstein aux côtés du bassiste Scott Colley et du batteur Nasheet Waits pour une dizaine de compositions résolument acoustiques, chaudes, où les tonalités cuivrées resplendissent, surtout quand Bernstein recourt à sa trompette en sol. Sur « Ultra Resonance », ce sont des atmosphères très différentes qui attendent l’auditeur alors qu’une quarantaine de minutes se sont déjà écoulées. Ici, Bernstein s’est associé à Scotty Hard qui revisite les morceaux du trio et les transforme à sa manière. Hard a évolué au sein du hip-hop inspiré (Stereo MC’s, PM Dawn, De La Soul, Fat Joe…) mais a également côtoyé des William Parker et des Matthew Shipp. Un véritable travail de refonte où les sonorités sont complètement revues, modifiées. Hard y apporte également une kyrielle de claviers, mais aussi des percussions. On songe parfois au « Bitches Brew » de Miles, parfois à Jon Hassell, parfois à Material. Ici, Bernstein joue en plus de l’EVI (Electronic Valve Instrument), ce qui sophistique davantage encore son son. Vivifiante découverte !

Eric Therer