Susanne Alt : Dark Horse
Ce CD est accompagné d’une petite histoire que je vais vous conter. En février 2022, Susanne emporte ses saxophones, sa flûte et quitte Amsterdam pour se rendre à New York afin d’y enregistrer son sixième album. Sous son bras également toute une série de compositions qu’elle va produire en studio avec quelques musiciens du cru. L’expérience est tellement concluante, enrichissante, qu’elle va se retrouver avec beaucoup trop de matériel digne d’être publié. Un choix est opéré et des titres sont retenus pour l’album « Royalty For Real » qui parait en 2024. Deux ans plus tard, le solde de ces enregistrements se voit publié sous le titre « Dark Horse ». Un septième album sur lequel James Hurt joue du Fender Rhodes, du piano, du clavinet, de l’orgue et des synthés. Gerald Cannon est à la basse et Willie Jones III à la batterie. Des musiciens qui se sont déjà mis au service, entre autres, d’Elvin Jones, de McCoy Tyner, de Milt Jackson, de Roy Hargrove. C’est vous dire la qualité en soutien de la saxophoniste. Et Susanne va produire le tout. De ses saxophones (elle joue des trois : alto, ténor et soprano), elle va emmener ces virtuoses dans un jazz mélodique, bien groovy, dansant. Des sensations ressenties grâce au soutien de cette section rythmique qui pulse et dynamise les envolées du saxophone et des claviers. Avec parcimonie des touches de soul, de funk, de musique latino, de bop sont distillées au fil des compositions. L’orgue est utilisé dans le même registre qu’un Brian Auger, le son de la flûte nous évoque des réminiscences également axées sixties. Et le passé est magnifiquement évoqué ici avec la reprise de «Au Privave » de Charlie Parker. Un petit bijou placé juste au milieu de l’album et qui en constitue un des meilleurs moments. Faut quand même signaler que l’original est aussi un pur bonheur, mais toute la finesse de la partition du sax allié au jeu de Susanne ainsi que l’accompagnement à la batterie sont tout aussi parfaits. Ces musiciens ne révolutionnent pas le monde, mais ils nous proposent un jazz de plaisirs, un jazz remuant, efficace et joué d’une manière remarquable. Que demander de plus ?
