
Sylvie Courvoisier – Mary Halvorson : Bone Bells
Nous l’évoquions il y a quelques jours à peine à l’occasion de son nouvel album solo édité par Intakt : Sylvie Courvoisier est à la fois une interprète capable de revisiter des pièces classiques avec une aisance remarquable et une figure avant-gardiste évoluant librement dans le monde de l’improvisation. « Bone Bells » la voit côte à côte avec Mary Halvorson. C’est le troisième opus de la paire après « Crop Circle » paru en 2017 et « Searching For The Disappeared Hour » en 2021. Sylvie et Mary ont eu amplement le temps d’apprendre à se connaître et d’éprouver leurs façons de jouer réciproques. Au point, pour la première, de déclarer qu’elle peut dorénavant écrire des pièces pas seulement pour la guitare et le piano mais spécifiquement pour Mary et elle. Chacune signe la moitié des huit compositions alignées ici. Pour autant, il est difficile de déterminer avec certitude qui a composé quoi tant les morceaux semblent être sortis du même moule. Au jeu rythmique, pulsé de Courvoisier répondent les chapelets de notes égrenées, labyrinthiques de la guitare d’Halvorson. Parfois, ce sont des atmosphères qui glissent doucement qui s’imposent. A d’autres moments, la cadence se montre fringante, d’allegro en presto. En ouverture, la pièce éponyme – la plus longue du disque – contient les fragments de ce qui va se développer par la suite malgré ses apparences faussement placides. « Bone Bells » tire son nom d’un passage du roman « Trust » écrit par Herman Diaz, écrivain américano-argentin récipiendaire du prix Pulitzer sans qu’il faille y trouver un sens analogique particulier. Peut-être faut-il seulement y voir l’esquisse d’une allégorie sonore, celle d’un squelette qui ne cesserait de sonner, de résonner à l’infini, pour nous avertir que le monde n’est qu’impermanence…