Tatiana Paris : thalle

Tatiana Paris : thalle

Carton Records

A la vue de cette pochette, j’ai immédiatement pensé à celle de « Still Life » de Van Der Graaf Generator. Ici aussi, c’est ce végétal sans racines, sans feuilles, nommé le thalle qui sert d’illustration et il est, finalement, une bonne évocation de la musique jouée par cet artiste. Tatiana Paris déploie ici son second volet sonore (après « Gibbon » en 2022). Un album de dix compositions, titrées sans majuscule, qui se déploient d’une traite pendant 45 minutes. Un étonnant voyage, parfois hirsute, sur lequel Tatiana joue de la guitare préparée, l’accompagne de synthèses modulaires, d’objets, d’un vieux « hertzian acousmonium » (un ancien enregistreur), d’un orgue, parfois d’un chant éthéré, auto-tuné. Cette musique cinématographique semble se mouvoir, se fondre dans le milieu sous-marin. On s’imagine les végétaux ondulant au rythme d’un courant liquide. On imagine une lente progression de notre être dans le monde aquatique (« thalle I »). Puis c’est une guitare acoustique, striée, qui accompagne la voix de Tatiana sur « canine ». Parfois, les sonorités sont perturbées, triturées. C’est alors de l’ambiant bruitiste qui surgit (« hibbon »). On accepte une sombre mélopée presqu’uniforme de huit minutes (« thalle II ») avant les délires dissonants, low-fi, mais assez fascinants de « grand duc ». C’est sur un décousu « salluit » qu’elle nous laisse, tout en y posant sa voix et en agissant de ses doigts sur nombre de boutons, qu’elle semble bidouiller en tous sens. De la « chanson française » réellement autre qu’Areski et Brigitte Fontaine doivent apprécier tout en se marrant, en se disant, qu’avec ce titre, ils ont fait des émules ! En essai de conclusion, je dirai : dans son ensemble, ce « thalle » se veut comme une suite parfois étrange de structures sonores, un peu bruitistes, un peu lumineuses, un peu caverneuses, ambiant, répétitives, au fil des ondulations du végétal et de son milieu. Une étrange déambulation musicale peut-être pas aussi fictive que nous pourrions le penser.

Claudy Jalet