The Easy Rollers : … And Another Thing

The Easy Rollers : … And Another Thing

Autoproduction

Par un collage humoristique, la pochette réunit l’énergie moderne de ce groupe britannique et des accessoires vintage. Le CD noir au cœur jaune se présente comme un antique 78 tours miniature.
Pour nous faire remonter le temps, la chanteuse Dani Sicari imite la manière de chanter emphatique et chargée de vibrato d’avant la Deuxième Guerre mondiale. Les jeunes musiciens (Axel Hill au piano, Tom Sharp à la trompette, Jamie Stockbridge aux sax ténor et à la clarinette, James Guirling à la guitare, Sam Jackson à la basse et Matt Brown aux percussions) ont invité aussi un tromboniste et un accordéoniste pour que la fête soit complète. Ils puisent leur inspiration dans le jazz de cette époque, des deux côtés de l’Atlantique, aussi bien dans le jazz des shows de Broadway que dans le quintet du Hot Club de France.
Je craque pour la voix de Dani en version grave dans « I Double Dare You » et le scat plutôt moderne et léger dans l’aigu qu’elle affectionne. La musique donne l’envie de danser avec la pompe des guitares manouches et le solo des instrumentistes, comme dans « I’ve Seen You In My Dreams ». Les musiciens n’hésitent pas à jouer aussi les chœurs dans « Blue Drag » et dans « Jus’ One Of Those Days ». « Ten Cent A Dance » nous fait valser avec l’accordéon.
Quel est l’intérêt de proposer une musique quasi-centenaire semblant sortir tout droit de ma collection de vinyles, mais sans les possibilités d’un orchestre ?
Les nouveaux arrangements aux harmonies riches proposent un cocktail vivifiant intéressant pour faire revivre cette époque sur scène pour le public anglais d’aujourd’hui. Ce CD communique la joie et l’énergie des origines du jazz, avec une qualité sonore infiniment meilleure que le grésillement des enregistrements d’époque sur mon tourne-disque.
L’intérêt surtout, c’est la diversité des morceaux proposés. Stockbridge a composé également trois nouveaux morceaux : « The Ballad Of Billy » (rythmique un peu trop carrée à mon goût), « A Kid », « And Another Thing » (superbe instrumental et titre de l’album) et, cerise sur le gâteau, « Jus’ One O’ Those Days ». Ce morceau termine l’album en feu d’artifice dans un blues festif où la voix de Dany quitte son apparence désuète pour une couleur bluesy plus naturelle. Les voix des hommes lui répondent, s’emboîtent rythmiquement, comme un circuit de dominos.
Alors laissons-nous glisser dans l’atmosphère du bon vieux jazz, caressés par des rythmes et des harmonies qui parlent au cœur sans nous prendre la tête. Oublions la désespérante course du monde et dansons !

Claire Ruwet