
The Hookup : Twenties
Avec « Cookin’ », la saxophoniste s’inspirait de la musique façon années ’60, la voici aujourd’hui encore dans la « revisitation » avec son nouveau groupe « The Hookup », dont le nom nous indique déjà une certaine continuité avec le projet précédent – hookup, connexion, branchement, cette fois aux années vingt. « Twenties » reprend quatorze thèmes bien connus de ces années tournant dans l’Histoire du jazz, un quasi best of de la décennie dont aucun titre n’échappera à tout amateur de jazz. Mais ce que la saxophoniste réussit brillamment ici c’est d’éviter les pièges à la fois de la nostalgie et de l’inouï : ce disque est un vrai témoignage du jazz d’aujourd’hui. L’intro de « Ain’t Misbehavin’ » sonne comme du Cannonball Adderley et trouve sa voie personnelle sur le solo du pianiste Noé Huchard. « After You’ve Gone » – le seul titre qui déroge à la règle des « twenties » datant de 1918 – emprunte un tempo résolument d’aujourd’hui. L’ellingtonien « East St Louis’ Toodle-Oo » voit le thème enjoué magnifiquement lancé par François Moutin à la contrebasse sur des airs de « It Don’t Mean A Thing » suivi d’un solo de Louis Moutin aux couleurs africaines, un large espace laissé ici à l’inventivité des frères qui ont fait le bonheur de Martial Solal en son temps. « Tea for Two » sur des airs de bebop s’évade dans tous les sens pour le grand plaisir du quartet libéré. « The Man I Love » conserve tout son romantisme sous l’alto de Géraldine Laurent, « Mack The Knife » sort des sentiers battus de ce thème archi-joué. On craque au toucher romantique de Noé Huchard sur « Someone to Watch Over Me », tout comme on se régale de la complicité, de l’invention, de l’humour des frères Moutin sur « Bye Bye Blackbird » en duo de bout en bout. Quatorze perles des années vingt auxquelles « The Hookup » rend une vitalité nouvelle. Une incontestable réussite.