The Vampires : Skydancer

The Vampires : Skydancer

Earshift

Le groupe The Vampires existe depuis deux décennies. Dans la description de l’album sur Bandcamp, on peut lire le commentaire suivant : « À travers onze titres, Skydancer explore la fascination des Vampires pour le temps, la mélodie et les textures. Cet album consolide l’évolution du groupe. Il nous offre un son à la fois familier et redéfini avec fraîcheur. La musique se déploie de manière organique, tout en mêlant la complexité rythmique à une production atmosphérique et à un sentiment profond d’appartenance. Que ce soit à travers les rythmes contemplatifs d’« Asiago », les sonorités ambiantes et chatoyantes de « South Coast Noir » ou encore les mélodies cinématographiques de « Spirit », The Vampires nous entraînent dans un univers immersif, rythmé et riche en émotions. » Et voici ce que Jeremy Rose nous confie à propos de la manière dont les enregistrements se déroulent en studio : « Chacun d’entre nous a enregistré des pistes supplémentaires, en superposant des cuivres, des synthés et des percussions, mais toujours avec modération. Le véritable défi consistait à imaginer et créer de nouveaux univers sans renoncer à cette immédiateté qui caractérise le groupe. » Après cette citation, passons maintenant à l’album. Le morceau d’ouverture s’intitule « Asiago ». D’emblée, le groupe nous dévoile un univers sonore particulier, marqué par les cuivres. The Vampires sont peut-être au jazz australien ce que Midnight Oil ou Man at Work sont, ou étaient, au rock : des groupes reconnaissables dès les premières mesures. On retrouve ici tous les ingrédients en pleine puissance. Chez The Vampires, la musique sonne avec insouciance et légèreté et on savoure le jeu alterné et harmonieux de Nick Garbett et Jeremy Rose. À l’instar du « Fjord Sound » de Jan Garbarek, on pourrait peut-être parler du « Pacific Sound » des Vampires. Ces deux types de son « évoquent » l’immensité du paysage – ici l’Outback ou le Mallee Country – à travers des univers sonores savamment élaborés. À en juger par la connivence entre le trompettiste et le saxophoniste, notamment dans « Unfinished Dream », on a même l’impression de pouvoir déceler, ici et là, l’influence de Randy et Michael Brecker. Ce qui caractérise la musique, c’est le fait qu’elle se prête à la danse grâce à son rythme. D’ailleurs, les Vampires ne feraient -ils pas revivre, dans leur musique, l’esprit de « the lucky country » ? C’est ainsi que l’on a considéré l’Australie pendant des décennies. En tout cas, on écoute de la « happy music ». Les soucis du quotidien se dissipent à l’écoute de l’album, même si « Desperation » figure au programme. La musique ressemble à un « tapis volant » sur lequel on peut s’envoler vers des mondes lointains et échapper à nos routines. Les artistes sont accompagnés de Jeremy Rose et Nick Garbett, ainsi que d’autres musiciens. Dans le morceau mentionné précédemment, nous plongeons au cœur de « paysages sonores synthétiques » finement ciselés, sur lesquels s’élèvent les voix des cuivres, accompagnés de mélodies thématiques entraînantes et qui restent en tête. Un chant choral composé de plusieurs voix s’exprimant en alternance est peut-être la description la plus appropriée de ce que nous entendons. On pourrait tout aussi bien comparer cela à un canon pour cuivres. Après les titres « Mr Gadabout », « South Coast Noir » et « Lofti Life », nous découvrons « Skydancer ». Ce morceau s’ouvre sur un « clac-clac » caractéristique du batteur, une rythmique que les cuivres reprennent dans leur jeu. On jurerait assister à une séquence de pas de danse. Mais un « Skydancer » est une poupée gonflable qui virevolte dans les airs et sert le plus souvent de support publicitaire. Ce que nous entendons correspondrait plutôt au mouvement de la poupée dans le vent. On perçoit ainsi dans la musique un mouvement de va-et-vient, que l’on doit notamment à Nick Garbett et sa trompette. « Sonor » est le morceau de Jeremy Rose auquel Garbett fait référence avec ses envolées de trompette. Et en arrière-plan, on entend un « tack-tack » ou « klack-klack » constant. Le titre « Stillness in Motion » s’ouvre sur une trame sonore conçue probablement par un synthétiseur et un instrument à vent situés hors champ. Ce que l’on perçoit comme un délicat son d’orgue provient sans doute du synthétiseur. Jeremy Rose fait ensuite résonner une clarinette basse énergique qui déploie toute sa profondeur sonore. En contrepoint, on distingue un délicat souffle de cuivres en arrière-fond. Le quatuor compte bel et bien un bassiste, sans qui l’ouverture de « Spirit » n’aurait pas pu voir le jour. Mais, comme dans d’autres morceaux de The Vampires, ce sont les cuivres qui impriment le ton et nous distillent ces « nuances sonores à la fois ensoleillées et ombragées ». Le solo de trompette qui parvient à nos oreilles est très enjoué et un dialogue s’engage avec le saxophoniste. En arrière-plan, on perçoit une texture sonore de synthé qui flotte dans l’air. N’y aurait-il pas aussi comme un petit air de funk dans ce morceau ? C’est sur « Whisper Gently, Stay Strong », et en apothéose, que se referme notre album.

Une collaboration Jazz’halo / JazzMania

Ferdinand Dupuis-Panther Traduction libre : Alain Graff