Theo Bleckmann : Love and Anger

Theo Bleckmann : Love and Anger

Sunnyside / Xango Music

Theo Bleckmann peut sans hésitation être considéré comme le chanteur le plus audacieux de la scène (jazz) contemporaine. La setlist extrêmement éclectique de « Love and Anger » en est une nouvelle preuve. Il associe sans peine Kate Bush et les Beatles ou Purcell et Sylvester ! Le CD s’ouvre sur le morceau titre emprunté à Kate Bush. Un parcours sinueux entre pop et jazz fiévreux. « Bertie », également de Bush, est transformé en un croisement entre hymne, folk et « art pop ». « Solo » de Frank Ocean est l’occasion de présenter un jeu de voix, presque entièrement a cappella. Et puis c’est au tour des Beatles. « You’ve Got To Hide Your Love Away », une combinaison de contrastes stylistiques comparables à la technique du « cut-up » de l’auteur William Burroughs. C’est sans doute l’un des moments forts de l’album. Bleckmann a toujours été un grand fan de Sheila Jordan. Il rend hommage à la chanteuse avec son propre « The Crossing », l’un des passages les plus fragiles. Il est suivi de « Stars » de l’auteure-compositrice-interprète Janis Ian. Comment associer Sylvester, icône flamboyante de la communauté LGBTQ, au compositeur baroque Henry Purcell ? Écoutez le tube disco intemporel du premier (« I Feel Real/Mighty Real ») suivi de « Dido’s Lament » du second. Difficile de faire plus extrême, et pourtant Bleckmann réussit son pari. Un coup de maître. Il jongle ensuite avec un morceau de Massive Attack (« Teardrop »), un hymne traditionnel (« Precious Lord ») et y ajoute le morceau cinétique « Crying, Laughing, Loving, Lying » du parolier Labi Siffre. Le final a cappella « Precious Lord » procure un dernier moment de frisson. Impressionnant sur toute la ligne. La contribution du batteur et producteur Ulysses Owens Jr. était essentielle, précise Bleckmann dans le livret.

Notons un autre travail récent de Bleckmann, mais dans un registre différent : le Scarlatti Sonatas (Sunnyside Records), un duo avec le guitariste Diego Barber autour de quatorze sonates de Scarlatti.

Une collaboration Jazz’halo / JazzMania

Georges Tonla Briquet – Traduction libre : Luc Utluk