Théo Girard : La rivière coulera sans effort

Théo Girard : La rivière coulera sans effort

Discobole

Formidable. Formidable album qui, dès les premières mesures, vous fait augurer d’une histoire et d’un récit d’une intensité et d’une densité rares. Le contrebassiste français Théo Girard a réuni autour de lui des personnalités fortes du jazz contemporain et improvisé, venus des deux côtés de l’Atlantique. A Brooklyn, il a convoqué les sax alto Nick Lyons (Bill Payne, Connie Crothers, Billy Hart…) et la batteuse d’origine chinoise Lesley Mok (William Parker, Camila Nebbia…) et à Paris (ou plus précisément à Montreuil), la fabuleuse et toujours surprenante Sophia Domancich. Si la musique de « La rivière coulera sans effort » est fluide et addictive, elle n’a rien d’un long fleuve tranquille. Après l’ouverture toute en mystérieuse sensualité (« La chose ») et son battement hypnotique entre piano et contrebasse, le quartette mélange un peu les genres et bouscule la routine. Ainsi, « On se lève et on se casse » s’acoquine d’un swing dynamique mais peu linéaire. Le drumming est souple et inventif, le sax est clair et libre et les échappées pianistiques sont jubilatoires. La main gauche de Domancich est ferme tandis que la droite est totalement libre. Il en va presque de même par la suite, sur un tempo ralenti, puis de manière plus minimaliste encore sur le titre éponyme à l’album. L’interaction est de tous les instants, Lyons impose alors ses idées « de traverses », Girard saute du pizzicato à l’archet, Mok explore avec ingéniosité les polyrythmies, quant à Domancich, elle navigue et ondule sans effort au milieu de tous ces flux incessants de créativité jazzique. On va de surprise en surprise et les improvisations audacieuses renforcent la qualité d’écriture du leader dont les précédents albums (avec Seb Rochford, entre autres) m’étaient un peu passés sous les radars. On va se refaire… car cet album-ci est vraiment formidable de bout en bout. Alors, Brooklyn et Montreuil, c’est bien, mais quand est-ce qu’on amène ce quartette à Bruxelles ?

Jacques Prouvost