Thomas Champagne Random House : Keep it up

Thomas Champagne Random House : Keep it up

Bleu dans vert

C’est une maison un peu en désordre, qui tient debout depuis trois albums. C’est une maison qui est faite pour accueillir les amis… mais aussi, et surtout, accueillir les échanges d’idées (constructives). Thomas Champagne, le saxophoniste proprio, y a mis toute son âme et a su s’entourer de beaux esprits. Alain Deval à la batterie, Ruben Lamon à la contrebasse, Guillaume Vierset à la guitare électrique. Après le premier disque, le trompettiste américain Adam O’Farrill y a fait une halte. Et il y est resté. C’est un signe. Random House, c’est l’art de la conversation animée et sensée. Comme sur ce « P or E » où l’espace laissé au jeu affuté, libre et brûlant du guitariste lui permet d’aller titiller les phrases résistantes de l’alto. C’est aussi l’art de dialoguer avec douceur et nonchalance, comme sur ce « The Proximity of The Clouds », entre les vapeurs de trompette, le coton du sax et le ruissellement cristallin de la guitare, pour aller effleurer quelques moments d’ivresses poétiques. Si « Keep It Up » (qui donne le nom à l’album) s’expose sur un tempo plus haletant, emmené par la contrebasse, « Listen to Me » laisse la trompette, magnifique de brillance, d’impertinence et de liberté, mener le débat. Quant à « Uncertainties », qui ouvre l’album et qui, malgré son titre, révèle quand même des pointes d’optimisme (serait-ce le message de cet album ?), il voit une trompette libératrice s’allier à un sax alto chaleureux, puis une contrebasse rassurante, un drumming souple et aux crépitements de la guitare. Alors, comme pour boucler la boucle, « One », plus serein et contemplatif, vient conclure de façon rassurante un album maîtrisé de bout en bout.

Dans cette maison, on s’y balade en toute confiance et en toute liberté. C’est une maison où il y fait bon revenir. « Keep it Up ». Continuons à la découvrir.

En concert à l’An Vert (Liège) le 28 mars.

Thomas Champagne en interview dans JazzMania.

Jacques Prouvost