Tom Bourgeois – Kuo Chun-Yu : 5 Flamingos

Tom Bourgeois – Kuo Chun-Yu : 5 Flamingos

Onyx Music Company

Depuis une dizaine d’années, le saxophoniste Tom Bourgeois s’est constitué tout un réseau en Asie, plus précisément en Chine et à Taïwan. Cela a récemment abouti à trois sorties, dont ce CD en duo avec le pianiste Kuo Chun-Yu.

Les deux artistes se sont rencontrés en 2013 au Conservatoire Royal de Bruxelles. Au cours de ses différents voyages à Taïwan, Bourgeois a toujours cherché à entrer en contact avec la pianiste. Au fil du temps, il est apparu clairement que leur vision de l’improvisation et de la composition concordait fortement. Des concerts ont suivi, et finalement également cet album.

Ils se présentent avec une sorte de comptine rythmique où le saxophone et le piano sont entremêlés. Il y a toutefois de l’espace pour de petits changements. Une approche qui revient régulièrement, comme dans « Jeff(8) », où le saxophone effectue des mouvements tournoyants tandis que le piano assure un soutien répétitif.

« Jeff » est d’ailleurs un titre qui revient régulièrement dans le répertoire de Bourgeois, fût-ce chaque fois avec une interprétation différente. Sur « 5 Flamingos », suivent encore le plutôt éthéré « Jeff(11) » et le très poétique « Jeff(3/4) », qui semble également avoir un côté très sombre.

Bourgeois est passé maître dans la composition de mélodies apparemment légères qui se transforment ensuite, serpentant en un autre aspect. « La Voisine Du 2nd Palier » en est un bel exemple. Le saxophoniste ouvre ensuite « Abstract #2 » avec ce qui sonne comme un exercice de « respiration circulaire », après quoi Chun-Yu revendique l’espace pour son propre solo, tour à tour introspectif et aérien, jusqu’à ce que les deux instrumentistes se retrouvent et clôturent ensemble. Un exemple puissant de leur lien réciproque fort, de se ressentir et se compléter.

Une atmosphère intimiste et des annotations cubistes constituent les deux points d’ancrage de « Le Cri », inspiré du tableau éponyme d’Edvard Munch. Ils clôturent avec « Midnight Flower », le seul morceau qui n’est pas de Bourgeois mais de Chun-Yu. Une véritable coda jazz d’une dizaine de minutes dont le fil conducteur est un mouvement ondulatoire d’attraction et de répulsion.

Une collaboration Jazz’halo / JazzMania

NB : Deux autres CD, « Ode » et « Vestige », ont été enregistrés avec le sextuor belgo-taïwanais Vestige, composé, outre de Bourgeois lui-même, de la chanteuse Wen-Hui Tsai, du trompettiste Thomas Mayade, du tromboniste Quinten De Cracker, du batteur Daniel Jonkers et, bien sûr, de son fidèle compagnon, le contrebassiste Fil Caporali

Georges Tonla Briquet – Traduction libre : Luc Utluk