Trinary System: The Hard Machine
Cuneiform Records / Mandaï Distribution
Créé il y a un peu plus de quarante ans, le label indépendant américain s’est spécialisé dans le jazz, le jazz-rock, le jazz-progressif mais aussi dans des choses expérimentales, extrêmes voire très bruitistes, free. Mais j’ai rarement entendu, venant de chez eux, un groupe aussi rock. Presque conventionnel. Vous vous doutez que je ne connais pas toutes les productions du label, mais ici j’ai l’impression qu’il ratisse assez large. Ceci est carrément un album de rock grungy, punky, low-fi qui semble issu directement des années nonante et qui aurait pu être édité sur Sub Pop, le mythique label de Seattle ! Trinary System nous vient de Boston et a été fondé par Roger C. Miller, qui fut le guitariste / leader du groupe post punk Mission Of Burma. Ceci est leur second album (après aussi quelques singles et ep) et Miller est l’auteur des huit compositions. En plus de jouer des guitares, il chante, joue du mellotron, du piano et du cornet, ce dernier sera le seul élément un peu jazzy à entendre sur l’album. Aux côtés de Miller, P. Andrew Willis joue des basses, des synthés et Larry Dersch officie à la batterie et à la bouteille de whisky ! L’album commence comme du bon Fugazi : une guitare rêche, une batterie qui hachure un rock low-fi qui se prolonge par des dissonances proches de Pavement, voire un peu de No Means No. Mais il propose aussi quelques titres très accessibles comme ce « Pop » qui m’a évoqué nos Girls In Hawaii mais aussi Sharko parce que Miller à une voix qui me fait penser assez bien à celle de David Bartholomé. Quant à « The Golem » lui, il s’apparente à la grosse armada stadium rock en puisant chez les Pixies, les Foo Fighters, tout en y posant une mélodie que Weezer aurait pu développer. Le math rock s’impose sur « The Green Velvet » et du space rock, du psyché un brin bruitiste est entendu sur « On The Ground ». L’album se clôt sur un spoken words et les efficaces délires soniques et psychés de « Sometimes The Rain Falls in Your Favor ». Ces deux dernières compositions, plus longues, prennent leur temps pour se développer d’une manière finalement assez post-rock. J’avoue que tout ceci me plaît vraiment bien, ce n’est pas si radical que vous pourriez le penser et je vous invite quand même à bien monter le volume sonore pour apprécier ces ambiances millésimées !
