« What’s Not There », le nouveau projet du Brussels Jazz Orchestra

« What’s Not There », le nouveau projet du Brussels Jazz Orchestra

Brussels Jazz Orchestra © Robin Todde

2026, Miles Davis aurait eu 100 ans. A cette occasion, le Brussels Jazz Orchestra et le trompettiste américain Ambrose Akinmusire s’associent pour un projet unique. « (…) What’s Not There », un dialogue créatif avec l’héritage de Miles, qui fait l’objet d’une tournée internationale. Pour l’occasion, Guillermo Klein et Lennert Baerts ont arrangé un répertoire issu du catalogue de Miles. Rencontre avec le jeune saxophoniste belge appelé à remplacer Frank Vaganée en tant que Directeur artistique du BJO en 2028.

Lennert, peux-tu te présenter en quelques mots.
Lennert Baerts : Je suis saxophoniste. J’ai étudié l’instrument et la composition classique. Mes deux premières années d’étude au saxophone, je les ai passées avec Frank Vaganée. J’ai toujours souhaité combiner le sax, le jazz et le classique, mais j’ai dû quitter Leuven, car les deux n’étaient pas possibles. J’ai alors décidé d’aller chez Kurt Van Herck à Anvers où j’ai combiné jazz et classique avec Wim Henderickx, le compositeur classique qui est tragiquement décédé il y a quelques années, c’était un de nos meilleurs compositeurs belges.

De quand datent les premiers contacts avec le BJO ?
L.B. : Je connais des membres du BJO depuis cette époque à Anvers. Mais je dirige aussi mes propres groupes : Anti-Panopticon avec le pianiste Floris Kappeyne a été un terrain d’expérimentation important pour moi pendant trois ou quatre années. C’est ensuite, je pense, qu’est venu mon premier contact avec le BJO pour « The Future is Now » (une formule du BJO qui a tourné en clubs et mettait en avant les jeunes musiciens – NDLR), en 2019 ou 2020, nous avons dû enregistrer pendant le corona. C’était un programme où ils jouaient mes compositions. La toute première fois qu’on m’a demandé de réaliser un projet, c’était à Gand pour le MSK Ghent, un « audio walk » autour de « L’Agneau Mystique » de Jan Van Eyck. C’était la première fois que Frank Vaganée me confiait la tâche de leader artistique. Suite à cela, Frank m’a rappelé pour que je le suive en tant que leader artistique au BJO, c’était en 2018.

Tout s’est donc passé très vite avec le BJO.
L.B. : Oui, tout est allé très vite pour moi. Surtout que j’ai seulement commencé à étudier la musique quand j’avais dix-huit ans. Jusqu’à mes dix-sept ans, j’étais footballeur professionnel, gardien de but à Genk. Je me suis blessé trois mois avant mon examen d’entrée à Leuven et Lieven Cambré du Muze JazzOrchestra m’a préparé à cet examen d’entrée dans la classe de Frank.

Ambrose Akinmusire & Lennert Baerts © Robin Todde

« Cent ans de la naissance de Miles. Fallait-il faire quelque chose ? Bien sûr que oui ! »

Parle-nous de la naissance de ce projet autour de Miles Davis.
L.B. : C’est arrivé quand nous étions à New York. On parlait des cent ans de la naissance de Miles. Fallait-il faire quelque chose ? Bien sûr que oui ! Mais en même temps, c’est un si grand nom de l’Histoire du jazz, qu’on ne pouvait pas faire n’importe quoi ! Il fallait faire attention. Qui pouvait le représenter ? Nous étions alors à New York à la Jazz Conference, et le nom de Ambrose Akinmusire est venu dans notre esprit. Nous avons contacté son management sur place et tout est allé très vite. Ça s’est donc décidé aux States. Il y avait bien sûr encore pas mal de choses à mettre en place.

Comme ?
L.B. : Quelle face de Miles allions-nous aborder ? Quelle va être la vision artistique du projet ?… Mais la graine était plantée juste en quelques jours, ce qui est extrêmement rapide. D’habitude pour ce genre de projet, il y a une longue période d’incubation, mais ici, on s’est dit « allons-y ! »… Et une semaine plus tard, la tournée était programmée !

La période que vous abordez, c’est celle à partir des années ’60, la période électrique ?
L.B. : Je dirais que ce n’est pas tout à fait encore la période électrique. Ça débute avec des albums sortis dans les années 60, mais enregistrés dans les années 50. Je veux parler d’albums comme « E.S.P. », des thèmes comme « Little One », « Riot » qui nous ont inspirés, spécialement Guillermo Klein et moi, l’album « Live in Europe » de 1967, mais qui propose beaucoup de morceaux qui sont…

Plus anciens ?
L.B. : Oui, exactement. Je pense que pour la plupart d’entre nous, ça commence avec le second grand quintet, surtout à partir du moment où des gens comme Chick Corea, Dave Holland sont arrivés, et toutes ces figures mythiques, des gens comme Hermeto Pascoal qui ont apporté leur « parfum » au son.

« Ambrose connait tous les disques de Miles dans les moindres détails. C’en est même effrayant ! »

Ambrose Akinmusire © Gerard Beckers

Et un musicien comme Ambrose Akinmusire est dans cette lignée…
L.B. : Oui ! Je pense que Miles n’a jamais été dans les pas d’un autre musicien. Et c’est exactement ce que font les plus grands, comme Ambrose. Ils savent parfaitement ce que Miles a fait. Ambrose connaît et comprend tous les disques de Miles. Il les connaît dans les moindres détails, c’en est même effrayant ! Et il va y mettre ses intentions, son esprit, sa force et jouer cette musique en la rendant sienne. Si la décision de faire ce projet a été rapide, le processus de création a été beaucoup plus lent, parce que les décisions artistiques prennent du temps, tout doit être pesé, balancé… Et en cela, Ambrose a été incroyable : établir la relation entre le passé et le futur, entre la lumière et l’obscurité, c’est l’équilibre parfait. Personnellement, je pense vraiment que la façon dont il se comporte, sa relation à son métier de musicien font que son son est si personnel. Il faut aussi « composer » un orchestre – en anglais, ce mot prend tout son sens – Miles choisit qui il veut dans son band, avec son son, ses idées : ensuite, il s’agit de voir comment faire pour arriver à une portée musicale aussi large que possible. Miles a débuté par le bebop, le cool jazz jusqu’à arriver à son second grand quintet où il devient de plus en plus personnel.

Ambrose Akinmusire & BJO © Robin Todde

C’est à partir de là que vous composez le répertoire avec le BJO.
L.B. : Disons qu’à partir de là, musicalement et matériellement, ça colle, ça fonctionne très bien. Les morceaux des périodes précédentes étaient plus compliqués à fusionner. J’ai ensuite établi une liste d’une trentaine de titres.

Ce programme fait l’objet d’une tournée : y a-t-il un enregistrement en vue ?
L.B. : Cela se pourrait. Dans un monde idéal, nous aimerions enregistrer un album plus tard, mais ça dépend de beaucoup de choses. La musique est là, nous verrons comment se passe la tournée… Et qui sait ?

Le Brussels Jazz Orchestra avec Ambrose Akinmusire en concert :
À la Philharmonie de Luxembourg le 30 avril,
À BOZAR Bruxelles le 1er mai et au Koninklijke Stadsschouwburg de Bruges le 2 mai.

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin