Yannick Peeters – GingerBlackGinger : Smalltalk Code

Yannick Peeters – GingerBlackGinger : Smalltalk Code

Challenge / New Arts Internationa

L’ambitieux et excitant projet mis en œuvre en 2023 par la contrebassiste Yannick Peeters en est à son second disque. Lors du premier, elle avait rassemblé autour d’elle le saxophoniste Frans Van Isacker, le guitariste Frederik Leroux et le batteur américain Tom Rainey. Pour ce deuxième opus, intitulé « Smalltalk Code », elle y invite en plus un fidèle complice du batteur : le saxophoniste Tim Berne.

Autant dire que l’objectif et les intentions n’en sont que plus claires et plus marquées : nous irons plus loin encore dans le jazz avant-gardiste et créatif. Une résidence de quelques jours à Bozar ne fera d’ailleurs que confirmer l’idée et resserrer le propos.

Dès le départ, les bases sont jetées et un « Lucid » inaugural trace les lignes directrices. Le jeu est délibérément ouvert, propice aux improvisations et aux idées venues de toutes parts. Avec – ce qui est peu commun – deux saxes altos au verbe haut et au caractère bien trempé, en premier plan, la musique est rapidement dynamitée. Ajoutez à cela les incisions rythmiques d’une guitare électrique fluctuante, parfois sauvage ou parfois titubante, et vous voilà propulsé au cœur de la tourmente. Il n’y a pas un endroit où se cacher, ça fuse de tous les côtés. Et quand ça n’éclate pas, la tension et l’incertitude règnent (sur « Distant Fires », par exemple). Évoquant à la fois Albert Ayler ou Ornette Colman (dont le groupe reprend et éparpille allègrement son « Mothers of the Veil » en guise de conclusion), les saxes altos crient et s’égosillent à perdre haleine. C’est souvent rugueux et cru, brûlant et grondant. C’est vivant. Mais GingerBlackGinger sait aussi s’aménager quelques moments plus apaisés comme dans le superbe, ondulant, évolutif et obsédant « Neh », ou encore dans « Walden ». De leur côté, Yannick Peeters et Tom Rainey assurent avec fermeté une rythmique puissante et attentive aux moindres variations. « Smalltalk Code » est un album dense, audacieux, parfois abrasif. Avec celui-ci, Yannick Peeters s’impose un peu plus encore comme l’une des voix des plus intéressantes du jazz belge actuel, à la croisée de l’avant-garde et de l’urgence expressive.

Jacques Prouvost