Quentin Dujardin : Saison Orange

Quentin Dujardin : Saison Orange

AGUA Music

Avec son tourbillon de poussière orange qui semble surgir de la guitare, la photo en couverture intrigue. L’auteur la relie aux teintes prises par la nature à la fin de l’hiver dans sa région du Condroz, tout en évoquant, dans une sensibilisation salutaire, l’utilisation intensive d’herbicides. Voici donc, porteur d’un message, le nouvel album du guitariste Quentin Dujardin qui l’a enregistré en compagnie de l’accordéoniste Didier Laloy, du bassiste Nicolas Fiszman et du batteur Manu Katché.

Dès le premier titre, « Epiphytes », on se perd dans une forêt ombrophile aux arbres couverts de mousse et de lichen. Sur une pulsation lancinante, la trompette magique de Mathias Eick s’élève puis se déploie avec éloquence, diffusant un parfum d’air humide et traduisant en notes la majestueuse splendeur végétale. « La Croisière », qui vient ensuite, entraîne l’auditeur sur la mer profonde que fend un frêle esquif poussé par les glissandos d’une guitare jouée en slide. La richesse des mélodies est au cœur de ces musiques douces, dépourvues d’affectation, de prétention ou de démesure, qui dessinent inlassablement des paysages hachurés par une rythmique d’une immense précision et finement colorisés par l’accordéon de Didier Laloy. Les cordes en nylon de la guitare procurent un surcroît de douceur aux phrases fluides et élégantes. Sur des compositions comme « Saison Orange » ou « Douce », le dialogue entre les deux instruments solistes crée des superpositions de couleurs comme dans un tableau impressionniste. L’ambiance générale du disque est lyrique, sereine, voire introspective mais toujours chaleureuse. Et quand le tempo se fait un rien plus vif, comme sur « Septembre », l’harmonie musicale demeure intacte et continue de faire surgir des images fortes.

Mis en relief par une production lumineuse de Lee Townsend, Saison Orange arpente les territoires du rêve à travers neuf instrumentaux d’une grâce persuasive.

Pierre Dulieu