Christine Ott & Mathieu Gabry : Aran
Pas-à-pas, patiemment (mais avec enthousiasme), Christine Ott construit une œuvre impressionnante et très personnelle. Pour cela, elle est bien aidée, il faut le rappeler, par le multi-instrumentiste Mathieu Gabry avec lequel elle forme par ailleurs le duo Snowdrops. Pourquoi devraient-ils s’en cacher, l’un et l’autre vouent au cinéma une passion sans limite. Quelle que soit la configuration choisie, en solo, à deux ou accompagnés (The Cry, Theodore Wild Ride), Mathieu et Christine donnent à leur musique une dimension cinématographique incontestable. Ce sera (évidemment) encore le cas ici. Se souvenir préalablement que cette symbiose recherchée entre le son et l’image remonte à pas mal de temps. C’est déjà un film muet de Robert Flaherty (« TABU » co-réalisé en 1931 avec Murnau) qui m’avait permis de rencontrer la compositrice / musicienne strasbourgeoise, invitée à l’époque à Liège dans le cadre du Festival Voix de Femmes, durant lequel elle nous avait offert un ciné-concert absolument bouleversant. Quelques années plus tard, en s’inspirant à nouveau des images de Flaherty, le duo nous emmenait à la rencontre de Nanook (of the north), un esquimau dont la rude existence ne pouvait nous laisser insensibles. Sensibilité : voilà bien un mot qui décrit la musique du duo de façon précise. Une musique (néo-)classique aux frontières du romantisme et de la mélancolie. Une mélancolie traduite pour l’essentiel en nappes de claviers et en arpèges de piano. On ne sait vous dire quelle voie cette musique prendra par la suite. « Aran » est en effet annoncé comme étant la « clôture d’un triptyque de créations sur l’œuvre cinématographique de Robert Flaherty (1884-1951) ». Le film et la musique associée (seize titres fusionnés les uns aux autres) évoquent la vie quotidienne d’une famille de pêcheurs vivant sur une île balayée par les vents, située au large de l’Irlande. On en devine la force émotive et on lance un appel à chaque organisateur susceptible d’accueillir ce spectacle pour nous permettre de le voir pas trop loin de chez nous.
