Stéphane Kerecki : Liberation Songs
Acte de solidarité, l’album de Charlie Haden intitulé « Liberation Music Orchestra » enregistré en 1969 est né de l’écoute par le contrebassiste des chants de la Guerre civile en Espagne. Il résonne encore aujourd’hui aux oreilles des « plus de 60ans » comme un symbole de la résistance aux extrémismes. Que Stéphane Kerecki reprenne cette musique est à la fois d’une importance politique indéniable, mais aussi d’une pertinence musicale bienvenue. On joue trop peu aujourd’hui la musique de Charlie Haden, ce splendide album réveille la mémoire des uns et incite les autres à découvrir la richesse et la profondeur de la musique du contrebassiste.
Si les enregistrements du « Liberation Music Orchestra » originel regroupent plus ou moins douze musiciens, Stéphane Kerecki a fait le choix de la clarté, d’une esthétique épurée et d’une grande lisibilité : un septet composé, outre le leader-concepteur, d’Enzo Carniel au piano, de Federico Casagrande à la guitare, de Thomas Savy à la clarinette basse, du fidèle Fabrice Moreau à la batterie, et deux voix essentielles du jazz européen, simplement annoncées « guests » : Airelle Besson et Emile Parisien.
Les bases sont plantées pour un « We Shall Overcome » en version courte en intro et en version développée en outro, toutes deux majestueuses, paisibles et porteuses d’un message d’espoir. De l’album enregistré en 1969, on retrouve « « Song of the United Front », « Song for Che », « War Orphans”. L’émouvant “Silence” et “Throughout” de Bill Frisell (sur “Not in our Name”, 2005) complètent ce vibrant hommage à un des géants du jazz un peu délaissé aujourd’hui.
« Spiritual » dont la mélodie est jouée à la contrebasse en introduction prend ensuite de nouvelles tonalités avec le soprano et le croisement des trois souffleurs pour une impro d’une quasi solennité magistrale. L’ouverture de « La Pasionaria » en duo guitare-contrebasse est un modèle de finesse qu’enchaîne un Emile Parisien inspiré et aventureux, suivi dans un esprit tout aussi libre par la guitare de Casagrande, du grand art. « War Orphans » est sublimé par la clarinette basse de Thomas Savy, profonde et sensible. Si le jazz a souvent été symbole de résistance aux injustices, le geste de Stéphane Kerecki, tout autant que celui de Charlie Haden, est avant tout une déclaration de paix et d’amour pour une musique universelle. Un grand disque.
