Steve Tibbetts : Close
Steve Tibbetts est un personnage vrai, authentique. A l’inverse de sa musique, somme toute. La musique, il s’amuse à en détourner les codes. Il la déstructure, il la manipule afin d’en retirer des sons inouïs, de dégager de nouvelles perspectives. Bien sûr, cela fait à présent plus de quarante ans qu’il s’y emploie. Faut-il dès lors encore parler de « surprise ». Non, mais nos retrouvailles sont si importantes, si réconfortantes, que nous aimons en traduire ici la sincérité.
Lorsque nous l’avions interrogé chez lui (St. Paul, Minnesota), il avait fait faire à sa webcam une rotation à 180° afin que nous puissions admirer sa collection ECM. Il en avait fièrement dégagé quelques pièces rares et nous avait déclaré qu’il avait été fan du label avant de monter à bord… Ce qui démontre une sacrée forme d’humilité ! Il en avait été l’une des premières signatures américaines. C’est à cette époque (il y a trois ans) que ce passionné passionnant avait publié « Hellbound Train », une anthologie regroupant quarante ans de carrière au sein d’un label dont il demeure l’un des plus fidèles et surprenants représentants. Non, pas une rétrospective définitive, car à septante-et-un ans, ce guitariste amoureux des sons compte bien ne pas en rester là. Lors de notre rencontre, il avait sorti d’un tiroir de son bureau quelques clichés qui, selon lui, feraient le plus bel effet sur une pochette ECM. Celui-ci nous montre un jardin (le sien probablement) éclairé par un ciel étoilé, avec la balançoire des enfants, un conifère, quelques plantes. Tout cela dans un esprit esthétique qui cadre parfaitement avec la musique qu’il nous offre : des phrases limpides jouées sur sa douze cordes ou les spasmes maîtrisés d’une guitare électrique soutenue par les percussions du fidèle Marc Anderson (mais aussi d’un batteur, JT Bates).
Sans doute existe-t-il au sein de ces neuf œuvres (souvent subdivisées en segments) un message que ce mystérieux musicien souhaite nous faire parvenir depuis son lieu de quiétude. Jugez-en : (dans l’ordre) « We Begin », « Away », « Remember », « Somewhere », « Anywhere », « Everywhere », « Remember and », « Remember and Wish », « We End ». Sans doute une devinette à décrypter, un jeu malicieux à entreprendre.
Rien ne change finalement, et c’est plutôt une bonne nouvelle. Goûtons juste au plaisir de son retour, de savoir que Steve Tibbetts demeure attentif à nous envoyer de ses nouvelles, même si elles s’espacent dans le temps.
