Âo : Malandra
Pour partir sur de bonnes bases, sachez que le nom de ce groupe belge, basé à Bruxelles, se prononce « ow », que Malandra est leur second album et que ce mot désigne, en bref, une femme libre, intelligente, enjouée et non dénuée de charme. Et ne maintenons pas le suspense, cet album – reçu en version vinyle, au très beau visuel, pochette intérieure et poster inclus – est absolument magnifique. Le groupe est composé de Brenda Corijn (chant), Siebe Chau (guitares, charango, basse, bandonéon, percussions), Johan Decaestecker (bidouillages électroniques, synthés, guitares, basse, percussions et production), Bert Peyffers (percussions). A la lecture des instruments, le fait d’avoir tellement de percussions ne vous aura pas échappé. Sachez qu’elles sont presqu’omniprésentes sur les treize compostions, parfois d’une manière imposante, parfois tout en retenue. Sous le chant émouvant, en portugais, de Brenda, la musique va nous happer, nous attendrir, nous secouer. Nous faire voyager à diverses époques. Elle pose des regards dans le passé world portugais avec des notes de fado, de saudade, déroule de délicates notes hispaniques à la guitare acoustique, accueille des sonorités afros et latinos. L’autre aspect et la singularité de Âo viendra de la fusion que ces musiciens vont insuffler à leurs chansons en leur donnant un surprenant côté dansant, irrésistible, bien inséré dans notre époque. Cette « world portugaise » va muter, être magnifiée, en de surprenantes ambiances. Grâce à l’électronique, il y a du trip-hop et des sonorités graves, parfois noisy, en accompagnement. Elles sont diffusées comme des coups étirés, comme des scratches et elles en deviennent une des particularités du groupe. Quelque peu leur marque de fabrique. Les rythmiques évoluent régulièrement vers la dance, vers la trance et là il est impossible de résister à l’invitation. Mais cet album est d’une telle richesse qu’il serait presque nécessaire de détailler chaque titre. « Cada Vez » surprend avec une rythmique et des influences arabisantes et on y croise Jonathan Richman et ses Modern Lovers ! « Orgulho » se résume à peu de choses, c’est même minimaliste, mais son côté mélancolique est tellement captivant. La dance électro de « Talvez » se mue en rap pop et évoque Stromae ! Sur l’immédiat « Aren’t You Tired », seul titre chanté en anglais, on plonge dans l’hypnotique trance pour en ressortir sur des sonorités proches d’Oscar and the Wolf ! Pour varier encore l’ensemble, le groupe joue deux instrumentaux (« Ode » et « Sono ») intrigants et cinématographiques. En invitant Koen Gisen (Ann Pierlé Quartet entre autres) à la clarinette et au saxophone, ils nous offrent un très doux « Sorte »… Cet album est d’une originalité absolue, il offre des mixages audacieux, sensibles, certains titres sont imparables et le tout se révèle simplement beau et classieux. Le groupe part en tournée à travers l’Europe, le concert à l’AB du 26 mars est complet, ils seront en festivals au Gent Jazz et à Dranouter et au Reflektor le 21 novembre. Liégeois (çà, j’aime bien, surtout comme cri !), vous êtes prévenus ! Déjà un de mes albums de l’année.
