Harry Christelis : Preserving Fictions

Harry Christelis : Preserving Fictions

Clonmell Jazz Social

John Martyn, Jon Hassell, Jakob Bro, Talk Talk… autant de sources d’inspiration mentionnées dans la biographie qui me plaisent. Particulièrement celle qui fait référence à « Laughing Stock », le dernier album de Talk Talk, que j’emporterais à coup sûr avec moi sur le radeau qui me mènerait sur mon île déserte. Mais attention ! Pour construire ce chef d’œuvre, Mark Hollis s’était amusé (façon de parler…) à faire, à refaire et surtout à défaire. Allant jusqu’à désosser minutieusement la matière afin qu’il n’en reste que l’essentiel, la moelle avec laquelle on bâtit les mélodies les plus délicates. Dès « Blues of the Birds » en entrée, on est séduit. Le guitariste londonien nous dirige ici au juste point d’intersection situé sur la ligne du post-rock au moment-même où elle se trouve traversée de part en part par celles du rock et du jazz. Si le mérite lui en revient, on n’hésitera toutefois pas à mettre en exergue le jeu tout en émotion de Christos Stylianides à la trompette, présent dans le groupe de Christelis depuis le précédent « Nurture the Child / Challenge the Adult » publié avec le même line up. On se doute que le quartet ne pourra pas tenir la distance à ce taux d’excellence jusqu’au bout. Toutefois, « A Sense of Parrot » et « How Old Are You ? » n’ont pas à rougir de cette entrée en matière idéale. Plus conventionnels (plus standardisés, oserions-nous dire), l’étiré « Wood Dalling » et « And so We March on » mettent l’accent sur la mélodie, rien qu’elle. « A Second Song for You » (et sa reprise) pourraient appartenir au répertoire de Bill Frisell. Et parfois, les pistes sont trop courtes pour permettre un décollage en bonne et due forme (« A Short Fiction », « Sotsihc »). Enfin, à mes oreilles expertes, « We Whittled a Spoon » (qui aurait sans doute plu à Miles) constitue une deuxième pierre angulaire d’un album inconstant… dans sa perfection.

Yves Tassin