Glaise : Les éléphants d’Irène

Glaise : Les éléphants d’Irène

Homerecords

N’étant pas chroniqueur littéraire, je suis content d’avoir écouté l’interview de Philippe Cloes (paroles, récit, voix, mais également poète, plasticien…) dans l’émission Culturel sur Quatre à l’occasion de la sortie du second album de Glaise. Il a donné de précieux renseignements sur Irène (chantée par l’artiste peintre Lucie Delhi). En fait, Irène symbolise notre époque, notre civilisation en perdition. Autour d’elle gravitent de nombreuses failles dont nous sommes en grande partie responsables. L’album se clôture sur une légère touche optimiste, sur l’idée d’oser vivre. Les textes, parlés, chantés, sont intrigants, symboliques, complexes et sont à lire au sein du livret. La musique de Glaise est toujours jouée par les deux merveilleux instrumentistes, compositeurs, arrangeurs que sont le pianiste Nicolas Paternotte et le violoncelliste Alexandre Bughin. L’alchimie artistique du trio peut être perçue comme étant un assemblage de musique de chambre, de cool jazz et de chanson, de poésie française. Cet album ambitieux, qu’ils définissent comme un opéra de chambre, se déroule en quatre mouvements, 18 titres (dont 6 sous la minute) mais parfois seule la voix acte. Plusieurs fois j’ai pensé à Gainsbourg première époque, accompagné au piano, et à Miossec selon les différentes intonations que prend cette voix. Musicalement, c’est magnifique. Le piano virevolte, souligne, complaint, le violoncelle est grave, mélodique, mais à eux deux ils signent des accords parfaits, nous emportent, ils magnifient la voix. Comme sur les captivants morceaux que sont « Les paresses d’Irène », « Ballade aux contraires » ou « Ne vous arrêtez pas ». Quelquefois, des bruits de fond surgissent, s’invitent : des pas comme dans un long couloir, des frappes sur du bois (violoncelle ?), des bruits d’eau, une voix d’enfant… La démarche de Glaise est vraiment inédite, originale. Personne ne produit un univers sonore tel que le leur et je pense que c’est dans une petite salle, voire une maison de la poésie, qu’ils trouveront leur meilleure audience. Je terminerai en soulignant le beau packaging qui entoure ce CD et en complimentant la photographe Isabelle Françaix pour sa participation au très réussi visuel.

Claudy Jalet