Fred Pasqua : Ronces

Fred Pasqua : Ronces

HANJI / Inouïe distribution

Avec « Ronces », Fred Pasqua signe un album profondément personnel, dont le titre suggère à la fois l’épreuve, l’égarement et la traversée d’un territoire hostile. Cette image irrigue toute la musique : dense, parfois sinueuse, mais jamais hermétique. Autour du batteur, le guitariste Nelson Veras et le contrebassiste Yoni Zelnik forment un trio d’une grande liberté, rejoint sur certains titres par le pianiste Laurent Coq et la chanteuse lyrique Marie-Hélène Beignet. Les compositions originales du batteur s’inscrivent dans un jazz contemporain aux mélodies labyrinthiques, traversées de quelques dissonances qui ne rendent pas pour autant l’écoute de l’album difficile. Au contraire, l’atmosphère de ces pièces est mystérieuse, envoûtante comme peut l’être la forêt d’épines géantes qui protège le château de Maléfique dans le classique Disney, « La Belle au bois dormant ». Les musiciens improvisent de façon collective, chaque instrument se mêlant aux autres de manière spontanée et savante pour créer une esthétique à la fois raffinée, cohérente et singulière. Même les reprises s’intègrent naturellement à cet univers : « Fleur de nuit », une pièce du trompettiste Yoann Loustalot pour un album du trio Aérophone dont Fred Pasqua est le batteur, « Sentinela » écrit par Milton Nascimento, et « Myron’s World » de Mark Turner prennent ainsi de nouvelles couleurs contrastées, entre ombre et clarté. Quant au dernier titre, la chanson « Trois beaux oiseaux du paradis » de Maurice Ravel dont les paroles sont chantées a cappella par Marie-Hélène Beignet, il est précédé d’une introduction instrumentale libre et ouverte qui rappelle les morceaux précédents. Porté par le symbole des Ronces, cet album homogène, exigeant et habité est aussi une habile leçon de musique.

Pierre Dulieu