Tom Raworth – Giancarlo Nino Locatelli : A Decent Run
Le nom du clarinettiste Giancarlo Nino Locatelli a été cité plusieurs fois dans nos pages. Que cela soit en solo, en duo (avec Barre Philips ou Alberto Braida) ou avec son combo à géométrie variable Pipeline, qui s’incarne parfois en un trio, parfois en un quintet voire en un octet. Ici, c’est pour un tout autre projet qu’il nous revient. Au début de l’année 1992, Locatelli rencontre le poète et éditeur anglais Tom Raworth. Ce sera le début d’une amitié, d’une complicité en sensibilités favorisant, nourrissant une correspondance épistolaire et une collaboration artistique. Déjà, à l’entame des années 2000, Locatelli consigne dans son journal l’idée d’un travail commun à publier. Le temps passera, Raworth décédera en 2017. « A Decent Run » en est la matérialisation posthume. Le titre provient des trois derniers mots laissés par le poète sur son site internet.
La musique a été conçue par Locatelli qui s’est entouré de ses fidèles regroupés sous la bannière Pipeline : le pianiste Alberto Braida, le violoncelliste Luca Tilli, le contrebassiste Andrea Grossi et le batteur/percussionniste Christiano Calcagnile. Il s’est également associé à la chanteuse et multi-instrumentiste américaine Carla Kihlstedt (elle a collaboré e.a. avec Tom Waits, Fred Frith, John Zorn, Shahzad Ismaily…) qui a mis en voix et en chant les poèmes. Car chaque poème est à la fois narré par la voix claire, franche, presque directive, de Raworth et chanté par Kihlstedt, parfois secondée par l’Italienne Valeria Sturba pour les parties en italien. Enfin, une kyrielle de « clandestins » ont été conviés à prêter leur concours, pour quelques minutes, ou quelques secondes à peine : John Corbett, Gianmaria Aprile, Gabrielle Mitelli, Larry Orchs, Joelle Leandre… Décliné sur deux disques de 37 minutes chacun, accompagné par un livret reprenant les textes, « A Decent Run » est un album d’une grande fraîcheur, creuset d’une palette de sonorités prodigieuses. Il est le lieu d’une convergence de mots et de sons, de voix et d’instruments. Ontologiquement poétique, il relate, à travers ces quelques fragments, ce qui a été, somme toute, tout bien pesé, tout bien pensé, une aventure humaine, une belle aventure que la mort n’aura pas réussi à emporter
