Matt Garrity : Suits And Scotches

Matt Garrity : Suits And Scotches

Steeplechase / Xango Music

Batteur très actif sur la scène jazz new-yorkaise, Matt Garrity sort sur SteepleChase un album en quartet aux côtés de partenaires de longue date : le saxophoniste ténor Vito Dieterle, le pianiste Steve Einerson et le bassiste David Ambrosio. Ancrée dans la tradition du jazz moderne, la musique relève d’un post-bop vif et swinguant. Un des attraits de ce disque est d’offrir une musique alerte, jouée avec enthousiasme, même si les arrangements fondés sur la formule classique « thème, solos, thème » obéissent à une logique quasi muséale. Sinon, ces musiciens sont des interprètes hors-pairs qui savent défendre avec conviction le jazz dans sa perspective américaine. Le batteur, en particulier, a une frappe dynamique capable de propulser les solistes et de les relancer avec vigueur. Vito Dieterle retient aussi l’attention autant par ses solos incisifs (« Bird Call ») que par la profondeur de son jeu sur les morceaux plus calmes (« Old Folks »). Outre cinq compositions du leader, le répertoire comprend quatre reprises dont la plus inattendue est une version de la « Marche impériale » écrite par John Williams pour la saga Star Wars. La façon dont cette pièce symphonique, sombre et tonitruante, est ici adaptée en standard de jazz est remarquable. Après une introduction martiale de Matt Garrity et l’exposé du célèbre thème, le pianiste Steve Einerson détourne sa force brute en une tension évolutive qui culmine dans une envolée de ténor à l’esprit coltranien. Une autre reprise notable est « Milestones », un thème be-bop écrit par le pianiste John Lewis en 1947 ̶ à ne pas confondre avec le morceau modal homonyme de Miles Davis. Basé sur des harmonies complexes dans un idiome pur bop, le « Milestones » de Lewis est un véhicule idéal pour de savantes improvisations et personne dans le groupe de Matt Garrity ne s’en prive. Sans être indispensable, « Suits And Scotches » ne manque pas d’accroche et s’impose comme un album brillant qui, toute autre considération mise à part, est très plaisant à écouter.

Pierre Dulieu