Brosella Festival, Park d’Osseghem (Bruxelles) – Journée Etno du 04/07/26

Brosella Festival, Park d’Osseghem (Bruxelles) – Journée Etno du 04/07/26

C’est la venue de la chanteuse albano-suisse Elina Duni qui m’avait donné l’envie de découvrir le Brosella festival. Belle découverte que ce théâtre de verdure, entre libellules et papillons à deux pas de l’Atomium, gradins en arc de cercle entourés d’arbres où il fait bon se mettre à l’ombre par cette journée radieuse. Je me sens accueillie au milieu d’un public à dimension humaine, plutôt adulte ou familial.

Brenda Corijn – Aõ © Didier Wagner

Mon coup de cœur sera la surprise en soirée du groupe belge Ão qui remplacera, à son retour du studio d’enregistrement, Nneka souffrante. Brenda Corijn chante en portugais avec une voix claire et envoûtante, héritage d’une mère d’origine mozambicaine. Enveloppée de fourrure, elle nous ensorcelle avec douceur dans la saudade, et nous fait participer au chant, puis elle tombe la veste et me surprend par la violence et la justesse de son expression dans un duo chorégraphique magistral avec la danseuse Zita Windey. Siebe Chau joue de la guitare ou du charango, le producteur Johan Decaestecker apporte des sons électroniques, Bert Peyffers, silhouette androgyne, assaisonne le tout de percussions éclectiques. L’ambiance oscille entre mélodies délicates et rythmes dansants. (Voir les photos de D. Wagner Etno – JazzMania.be et écouter leur disque Malandra, Mayway Records, chroniqué par mon collègue Claudy Jallet – JazzMania.be).

L’après-midi avait commencé avec la célébration des trente ans de Jaune Toujours, dont le leader Piet Maris s’adresse au public en français et en néerlandais, comme les deux jeunes présentatrices du Brosella d’ailleurs. Un accordéon, loin des musettes, qui se fait reggae ou klezmer. Des cordes, des cuivres et des choristes sexy. Et tellement d’invités qu’il m’est difficile de vous les nommer tous, du violoniste Nicolas Hauzeur à une fanfare kimbanguiste. Au total, 17 musiciens et musiciennes sur scène nous emmènent en voyage avec un enracinement local : « Ici Bruxelles, c’est pas Paris, c’est pas pareil ». Des chansons bilingues engagées comme « les réfugiés sans frontière » adressées à Théo Franken ou la nostalgie tzigane d’un homme qui pleure avec ses fleurs à Schaerbeek. Des voix de mégaphone, des rythmes joyeux, dansants et porteurs d’espoir. « Ce que la vie peut être belle à camping del Mundo ». Le reportage photographique de Didier Wagner se trouve ici – JazzMania.be

Pas de problème de choix de scène et de place : il y a une seule scène adulte tandis que l’autre scène propose aux mêmes heures deux concerts pour les enfants. Je me laisse embarquer par l’excellente programmation du Brosella. Bamako Express est un surprenant mélange afrofolk : Joël et Ousmane Diarro au balafon, à la kora et aux percussions, Florian De Schepper à la guitare, installent un dialogue métissé entre l’Afrique rythmique et l’Europe lyrique aux accents celtiques d’Anouk Sanczuk au violon.

Elina Duni © Didier Wagner

Elina Duni et Rob Luft Quartet, enchaînent jazz et musique du folklore européen de leur disque « Reaching for the Moon », telle « Rondolina », où l’hirondelle conseille à la jeune fille de ne pas se marier. Le corps d’Elina danse à la façon des mariages traditionnels et porte le chant avec légèreté et souplesse. Je retiendrai sa façon de transformer la fin d’un morceau triste et romantique en rythmique afin de passer à un autre morceau, un scat qui rappelle le rugissement de Térez Montcalm, un solo jazzy et interstellaire de guitare au son d’orgue.

Derya Yıldırım & Grup Şimşek développent un univers musical singulier où la musique anatolienne rencontre la soul psychédélique et des influences contemporaines. Le groupe se définit comme “outernational” avec des musiciens venus d’Afrique du Sud, de France et d’Allemagne. Peu commun, une fille à la batterie et le leadership de Derya Yıldırım au chant et au bağlama , cet instrument à cordes et au long manche, à la caisse en forme de coque de noix. Des étoiles ailées s’allument entre des sons suraigus ou les basses très graves. Les hommes au synthé et à la basse se taisent pour laisser toute la place au tambourin, aux castagnettes et au bağlama qui vrombit puis reprend avec la batterie. Le public est emporté.

Folk Bitch Trio – Jeanie Pilkington © Didier Wagner

Le trio Australien Folk Bitch Trio (une blonde, une brune et une rousse et leurs guitares) propose de l’indie-folk dans lequel les rôles de leader et de chœurs sont interchangeables. Elles mettent à l’avant plan, tour à tour, la douce blonde, l’énergique brune ou la rousse qui se révèle. Seule l’harmonie compte. Beau témoignage de sororité et d’harmonie entre Heide Peverelle, Jeanie Pilkington et Gracie Sinclair. Les voix et les paroles en anglais sont premières. Malheureusement, je ne suis pas capable de les comprendre.

Et pour terminer à la nuit tombée le vénérable Cheikh Lô, Sénégalais aux percussions et au chant et ses 8 musiciens : 2 guitaristes, 3 percussionnistes, dont ce joueur de petit « tambour parlant » serré sous le bras que j’affectionne, un bassiste, un claviériste et une femme au saxo ou à la flûte. Lancinants, les deux mêmes accords et ce long blues.

N.B. Nous poursuivrons, dès ce mois de septembre, la publication de nos portfolios « Brosella »…

Claire Ruwet