Jack Wyllie : Eternal Spring
Pour la première fois de sa (déjà longue) carrière, Jack Wyllie apparaît sous son propre nom. Car oui, ce saxophoniste anglais est loin d’être un inconnu ! Mieux, en tant que co-fondateur du Portico Quartet (devenu aujourd’hui un duo…), on considère qu’il est l’un des parrains du nouveau jazz britannique qui a révélé les Shabaka Hutchings et tout ce qui s’en suit. Ces dernières années, afin d’occuper le temps en attendant l’éventuelle suite des aventures du Portico, Jack Wyllie a enregistré deux albums sous l’alias Paradise Cinema où il s’occupe un peu de tout (instruments, mixages…). On se souvient à ce propos d’un concert intimiste qu’il avait donné au Leuven Jazz il y a deux ans.
Les différences entre le projet Paradise Cinema et celui-ci sont manifestes. Certes, la notion « cinématique » est toujours d’application. Evidente, même. Le titre de l’album l’évoque : ici, on voyage en zones paisibles. Pas de vagues ni de retournements de situation brutaux. Jack Wyllie a choisi la quiétude, qu’il applique méthodiquement aux neuf compositions alignées, et dont une seule ne provient pas de sa propre plume (« Yesterday Today » en clôture, co-écrite avec la nouvelle tête de proue du label Gondwana, Hania Rani). « Eternal Spring » coche les cases du néo-classique, de l’ambient et du nouveau jazz ; l’album évoque pêlemêle le « Arbour Zena » de Keith Jarrett, les travaux d’Harold Budd, de Sakamoto, et même Steve Reich (« Green Lights »). Autant de références que Wyllie assume sans écueils, bien aidé précisons-le par ses (ex-) amis du Portico (Milo Fitzpatrick et Duncan Bellamy), une jolie section de cordes et de rares voix (notamment celle de la mezzo-soprano Lotte Betts-Dean sur la plage titulaire). Vous l’aurez compris, « Eternal Spring » s’inscrit parfaitement dans la philosophie « no-stress » du label Gondwana.
